lundi 22 août 2016

Les Terres de l’Est (Récits du Demi-Loup 2) – Chloé Chevalier


Conquise par un premier tome premier prometteur, je ne pouvais pas m’arrêter en si bon chemin, j’ai donc profiter de mes vacances pour dévorer le deuxième tome des Récits du Demi-Loup, Les Terres de l’Est, qui vient confirmer mes impressions de départ.

Les Terres de l’Est reprend où s’arrêtait Véridienne alors les personnages principaux désormais devenus adultes, se séparent. Trois groupes se forment avec des intrigues relativement séparées qui s’étendent géographiquement jusque dans les pays voisins. L’occasion de développer l’univers, notamment du côté du mystérieux empire des Terres de l’Est dont on apprenait si peu de choses dans le tome 1.

Tous les pions étant déjà en place, ce tome 2 prend très vite son envol et on est immédiatement happé dans les différentes intrigues. Le passé d’Aldemor occupe clairement le cœur de l’intrigue, mais les princesses et les suivantes ne sont pas en reste. La structure narrative reste la même : on retrouve l’alternance de journaux, de mémoires et de lettres toujours aussi efficace et prenante.

Difficile de ne pas répéter ce que je disais déjà de Véridienne, car Les Terres de l’Est poursuit sur cette lancée que ce soit pour le mode de récit, l’univers ou les personnages, tout en prenant carrément son envol. J’ai aimé le premier tome, j’ai adoré sa suite qui se révèle encore plus plaisante.

Si certains éléments avaient pu parfois me faire tiquer à la lecture du tome 1, j’ai été assez surprise de découvrir qu’ils avaient un sens, un rôle à jouer dans ce deuxième roman, ce qui m’a fait réviser mon opinion à leur sujet.

J’ai apprécié également que ce roman soit extrêmement solide en dépit du fait qu’il soit, un peu comme tous les tomes 2, un roman de transition. Certes on met en place beaucoup d’éléments et on révèle beaucoup de mystères pour préparer la suite, mais la mise en place de ces éléments est en elle-même passionnante et la conclusion de ce tome 2, si elle donne bien entendu envie de lire la suite, se révèle satisfaisante.

Les Terres de l’Est se révèle donc une aussi bonne surprise que Véridienne, et j’ai bien évidemment fort hâte de lire la suite du cycle, qui devrait normalement compter 4 volumes si je me fie à une interview de l’auteure chez un collègue blogueur.

CITRIQ


336 p.

vendredi 19 août 2016

Véridienne (Récits du Demi-Loup 1) – Chloé Chevalier


Normalement la fantasy est un genre qui ne m’attire plus tellement que ça, mais j’avais entendu de bons échos de ce roman, et j’aimais bien le style graphique de la couverture (Melchior Ascaride, quel vil tentateur ce monsieur !). J’ai donc fini par me lancer ce cycle des Récits du Demi-Loup, avec une bonne surprise à la clé.

Comme tout bon roman de fantasy qui se respecte, Véridienne nous projette dans un monde imaginaire de royaumes à tendance médiévale. Ici nous avons donc le royaume du Demi-Loup, séparé en deux domaines, Véridienne et les Éponas, et bordé par d’autres contrées plus ou moins structurés, des Plaines Jaunes désertiques peuplées par des tribus nomades à l’immense et menaçant empire des Terres de l’Est.

Point de carte pour s’y retrouver (dans la version numérique en tout cas) mais ce n’est pas bien grave puisque l’intrigue se déroule principalement dans le château de Véridienne. On y suit l’adolescence et le passage à l’âge adulte de deux princesses, Malvane et Calvina, et de leurs Suivantes, des jeunes filles du peuple nées un jour après elles et élevées avec elles pour leur servir de confidentes, de conseillères voire de bras droits.

C’est une organisation plutôt originale puisque du coup les Suivantes (ou Suivants dans le cas des princes/rois) rentrent dans la ligne de succession sans avoir une seule goutte de sang royal. Et elle l’est d’autant plus dans le roman que la princesse Malvane a deux Suivantes, chose qui normalement ne se fait pas. Mais à une époque de troubles politiques dans le royaume, c’est loin d’être le plus gros des problèmes.

Voilà pour le contexte général, je préfère rester floue pour vous laisser le plaisir de découvrir toutes les subtilités de cet univers : pour un si petit royaume, le Demi-Loup est fort complexe, et cela fait toute la saveur. Avec l’histoire bien sûr.

A première vue on peut trouver que suivre l’adolescence d’une bande de filles (tant bien même de noble condition, tant bien même dans une ambiance médiévale) n’a pas grand-chose d’intéressant, mais détrompez-vous. J’avais moi-même quelques vilains préjugés, et je me suis surprise tout de même à dévorer les pages.

Le mode de narration déjà rend la chose plaisante : Chloé Chevalier alterne journaux intimes et correspondance de différents points de vue (principalement ceux des suivantes) avec une certaine virtuosité. On saute d’une personne à une autre en changeant simplement de paragraphe mais il y a toujours un élément qui permet d’identifier l’auteur, et du coup cela permet de vivre un peu avec tous les personnages. On peut se perdre un peu mais au fur et à mesure c’est une structure qui s’apprécie pour sa façon de distiller petit à petit des éléments de compréhension.

J’ai bien aimé également l’univers plutôt « tranquille », dénué de tous les gros poncifs de la fantasy : ni magie, ni prophétie, pas de gros monstres ou de complots complexes, tout au plus des problèmes politiques et sanitaires, une guerre avec le voisin et des mercenaires un peu mystérieux avec un nom à connotation féline.

Enfin j’ai trouvé très bien menée l’histoire de ces cinq adultes en devenir. Elles peuvent être bêtes et méchantes parfois (comme des adolescentes), inquiétantes, touchantes, si bien que les quelques rares grosses ficelles se font largement oubliées grâce à un récit qui sonne très vrai et qui fonctionne très bien.

Véridienne s’est donc révélé une très bonne surprise à la lecture, je me suis donc assez logiquement jetée sur la suite, Les Terres de l’Est. Affaire à suivre très vite (vu que je l’ai également terminé à l’heure où j’écris ces mots).

Une petite parenthèse pour finir : je pensais être devenue réfractaire à la fantasy mais il semblerait bien que non. Je crois que le secret c’est de le lire en vacances : c’est beaucoup plus facile d’apprécier ce genre de littérature quand on peut dégager une à deux heures de lecture d’affilée pour bien plonger dans l’univers (pas comme dans les transports le matin où on lit de façon hachée et qu’on a parfois oublié où on en était le soir !).

CITRIQ

mardi 16 août 2016

Le bal des sorcières – Alain Surget


Dans le cadre du challenge SFFF & Diversité, il fallait que je relise « un conte que vous avez adoré étant enfant ». Un choix cornélien étant donné la quantité que j’ai pu en lire. En tournant autour de la question, j’ai fini par dénicher chez mon papa un de ces livres qui explique sans doute beaucoup comment s’est formé mon goût pour les littératures de l’imaginaire : Le bal des sorcières d’Alain Suget.

Publié dans la (feu) collection Cascade Contes chez Rageot (si c’est pas la preuve que c’est un conte !), Le bal des sorcières et autres contes de sorcières de son nom complet se compose de huit courts textes (des nouvelles, déjà !) qui racontent l’histoire d’Échalote, une sorcière tout ce qu’il y a de plus classique (chapeau pointu, chaudron et chat noir) déterminée à devenir la reine des sorcières.

Pour réaliser son projet, elle compte bien profiter de son catalogue de vente par correspondance qu’elle vient de recevoir et qui lui ouvre les portes du monde moderne : aspirateur, cocotte-minute ou prêt-à-porter féminin, toutes ces merveilles ne pourront que l’aider à éblouir les autres sorcières. Ou pas.


Chaque histoire est construite sur le même modèle à quelques variations près : Échalote commande quelque chose sur le catalogue, le reçoit, le teste sous le regard sarcastique de ses animaux de compagnie et finit après quelques déboires dignes d’un cartoon de Bip-Bip et du Coyote par le ranger au placard avant de passer à autre chose.

On s’amuse donc beaucoup grâce aux dialogues plein de répartis des animaux et au ton généralement très léger même lorsqu’on croise des sorcières mangeuses d’enfants. Les illustrations intérieures réalisées par Thierry Christmann avec seulement trois couleurs (noir, blanc et orange) contribuent également au plaisir de la lecture (ça s’applique d’ailleurs à toute cette collection, j’ai toujours adoré les illustrations intérieures).


Je pense que j’ai dû relire des centaines de fois ce livre dans mon enfance, car lorsque je l’ai ouvert il y a quelques jours chaque mot me semblait familier et j’aurais pu réciter certaines répliques en avance tant elles étaient restées gravées dans un recoin de ma mémoire.

Je pensais tricher un peu niveau participation mais Le bal des sorcières est bien un conte. Certes on n’y trouve nul prince charmant et on ne démarre pas sur un Il était une fois, mais à sa façon Échalote effectue son apprentissage (de la modernité !) à travers cette histoire, et il y a même une morale -certes de sorcière mais une morale quand même- à la fin.

On s’amusera aujourd’hui de la description d’une modernité qui nous semble bien désuète (à l’heure actuelle Échalote passerait certainement ses commandes sur Amazon et se battrait pour installer son application de sorcellerie sur son smartphone), mais je doute qu’un enfant y prête vraiment attention. Et vu que ce livre de 1993 a été réédité en 1999, 2003 et 2012, c’est qu’il doit encore fonctionner !

Un extrait « coloré » pour finir :
« Gargouille voyait rouge et entra dans une colère noire.
- Allons, allons, tu ne vas pas en faire une jaunisse, tentait de la calmer Échalote.
Leurs paroles prirent un ton olivâtre, mi-figue, mi-raisin, avec des nuances épinard et des variantes lie-de-vin.
Verte de rage, l’épicière s’enfuit en claquant la porte.
- Vraiment, il n’y a pas pire que de voir la vie en rose ! Quelle incapable cette Échalote ! Je suis sûre qu’après cette débandade de couleurs, je vais encore passer une nuit blanche.
Rouge de honte, Échalote la regardait filer dans le ciel orange, son balai perdant derrière lui une traînée mauve. Puis Gargouille disparut dans un poudroiement bleuté, fondue dans la nacre du soir qui étendait ses feux à l’horizon. »

CITRIQ


Item 12 : Relire un conte que vous avez adoré étant enfant

samedi 13 août 2016

L’œuf de dragon – George R. R. Martin


A défaut d’avoir la suite de la grande saga du Trône de fer à se mettre sous la dent, on peut toujours se consoler avec les petits à côté, à savoir les nouvelles et novellas dissimulées ici et là. J’avais déjà lu Le chevalier errant et L’épée lige, deux nouvelles mettant en scène le chevalier errant Dunk et son écuyer L’Œuf. (ça a même été ma première introduction à cet univers), j’ai donc logiquement continué ma route avec L’œuf du dragon, nouveau volet de leurs pérégrinations.

Pour l’occasion, j’ai donc relu leurs deux précédentes aventures (fort chouettes, mais quel niveau de détail pour de simples nouvelles, je comprends mieux pourquoi j’ai été larguée à la première lecture) avant de reprendre la route avec nos deux héros, cette fois-ci en direction d’un mariage, d’un banquet et d’un tournoi… ce qui va comme il se doit les plonger dans les ennuis jusqu’au cou (en même temps c’est l’univers du Trône de fer, à quoi vous attendiez-vous ?).

Avec cette histoire à très petite échelle (un seul narrateur, un seul lieu, un seul évènement), on est très loin du souffle épique qui anime la saga, mais cela n’empêche pas George Martin d’arriver à donner énormément d’ampleur à son histoire grâce à un contexte politique complexe et plein de personnages ambigües.

Je me suis d’ailleurs un peu perdue une fois encore dans le casting, déjà parce qu’il est conséquent pour une si petite nouvelle (3 pages de noms pour 160 pages de texte !) mais aussi parce que j’ai lu ce texte en français contrairement aux romans du coup je ne reconnaissais pas toujours très bien les noms (oui je sais normalement c’est plutôt dans l’autre sens qu’on rencontre le problème).

Cependant c’est très plaisant d’explorer plus avant cet univers et remonter quelques décennies avant les évènements qu’on connaît pour découvrir à quoi ressemblait le règne des Targaryen… et on n’est pas vraiment dépaysé entre les complots, les guerres civiles et les histoires de bâtards… il ne manque guère qu’un ou deux marcheurs blancs pour compléter le tableau !

J’ai cru comprendre que George R.R. Martin comptait écrire quelques aventures encore pour ce chevalier et son écuyer hors-normes, je serais curieuse de les lire un jour (du moment qu’il termine The Winds of Winter avant bien sûr !).

CITRIQ


174 p.

mercredi 10 août 2016

Omale 1 – Laurent Genefort


Omale est un cycle qui me faisait de l’œil depuis un moment déjà, notamment à cause des superbes couvertures de Manchu. J’ai fini par me plonger dedans cet été, sous forme de lecture commune avec les copains du Planète SF histoire d’explorer ensemble ce monde extraordinaire.

Composé de deux romans, Omale et Les conquérants d’Omale, ce premier volume nous permet de découvrir un univers immense et extraordinaire où se côtoient trois rehs (des espèces intelligentes si vous préférez) : les Humains, les Chiles et les Hodgquins, tous très différents et avec forcément une certaine propension à se taper dessus (surtout entre les Humains et les Chiles).

Comment tout ce petit monde est-il arrivé là ? Qu’est-ce exactement que ce « là » ? Toutes ces questions sont en partie explorées dans ce premier roman (ou résumées en quatrième de couverture, c’est au choix !) qui nous emmène dans une belle aventure aérienne qui rassemble des personnalités n’ayant à priori rien de commun.

J’ai beaucoup aimé cette première plongée dans l’univers d’Omale : les informations données sont tellement nombreuses qu’il n’est pas facile de tout assimiler, mais on n’a pas forcément besoin de tout retenir. L’intrigue est extrêmement porteuse et le gigantisme de l’univers est juste fascinant.

J’ai beaucoup pensé à Hypérion pour la structure, avec ce groupe de personnes rassemblé à priori un peu par hasard, qui partent pour un long voyage au but mystérieux et qui en profitent pour se raconter leurs histoires personnelles. Le format en lui-même n’a rien d’original, mais il fonctionne à merveille si bien que les pages se tournent toutes seules tandis qu’on va d’histoire en histoire.

Malgré une fin peut-être un peu trop rapide, j’ai donc passé un excellent moment avec ce premier roman qui m’a mis des étoiles plein les yeux.

Le roman suivant, Les conquérants d’Omale, est une histoire à trois intrigues qui met en scène en parallèle un groupe de militaires en mission secrète, une expédition scientifique qui cherche à repousser les limites des cartes et des diplomates des trois rehs en pleine séance de négociation d’intrigues.

L’esprit d’aventure est une fois de plus au rendez-vous, et on prend encore plus conscience dans ce roman du gigantisme de ce monde où les kilomètres se comptent très facilement en milliers. J’ai cependant un peu moins accroché à la lecture.

Les trois intrigues restent finalement assez indépendantes et n’ont pas toutes le droit à la même visibilité, ce qui est un peu frustrant. Mais surtout j’ai commis l’erreur d’enchaîner sur Les conquérants d’Omale à peine le premier roman terminé, et j’ai été très perturbée par l’absence totale de liens entre les deux. Comme en plus j’ai eu du mal à le situer chronologiquement (j’avais oublié que cette information était donnée dans le prologue), je me suis un peu perdue en route.

Bref j’ai idée que ce roman est normalement tout à fait sympathique, à condition de le lire indépendamment de son prédécesseur pour bien apprécier le voyage. D’ailleurs je compte bien continuer à explorer l’univers d’Omale avec le volume 2 de l’intégrale, mais cette fois-ci je prendrais mon temps !

CITRIQ



Item 16 : Lire le premier livre d’une série SFFF que vous n’avez jamais lu
(en fait j'aurais pu proposer Annihilation pour cet item, mais j'avais noté Omale dans mes papiers du coup je n'ai même pas pensé à switcher. Cela me permet à défaut de faire un chouette combo avec un planet-opera de 1041 pages !)