samedi 10 décembre 2016

Fleurs au creux des ruines – Chloé Chevalier


Après avoir bien apprécié Véridienne et Les Terres de l’Est, les deux premiers tomes des Récits du Demi-loup, j’ai assez logiquement eu envie de poursuivre l’exploration de ce bel univers de fantasy bien construit. Je me suis donc jetée sur ce recueil de nouvelles sorti le mois dernier : Fleurs au creux des ruines.

Composé de quatre nouvelles inédites, ce petit livre nous plonge dans le passé du Royaume du Demi-loup, bien avant la naissance des héros que nous connaissons. L’occasion de découvrir comment s’est construit le royaume et quels soubresauts ont pu l’animer dans le passé.

On suit donc dans Notre première graine le récit du chef d’une colonie, assiégé dans une ville troglodyte par un certain Aldemar (premier du nom, certainement). Avec L’art ou la viande, on peut ensuite se régaler de la correspondance épistolaire de deux jeunes amoureux dont les routes se séparent alors que l’un s’engage dans l’armée et l’autre dans la voie des arts.

Les deux derniers textes se suivent, en quelque sorte : Lors chantèrent les bêtes est un récit de fin du monde, pas toujours facile à suivre mais néanmoins intéressant, surtout au regard de La tour sous le Gris, sa suite qui met en scène deux adolescents qui se rencontrent dans les marais alors qu’ils cherchent à se nourrir dans un royaume où presque plus rien ne pousse.

Ces quatre nouvelles se lisent avec plaisir, d’autant plus que l’auteure apporte beaucoup de soin à son univers et à ses personnages, tout en alternant comme à son habitude les modes de récits (lettres, récit à la première personne). J’ai bien aimé plonger dans le passé de cet univers et reconnaître ici et là des éléments connus. 

Je regrette cependant de ne pas avoir des souvenirs très frais de mes lectures de Véridienne et des Terres de l’Est, du coup j’ai souvent été perdue. Ca n’en reste pas moins un moment de lecture sympathique quand on a lu le reste du cycle, mais quitte à aller dans le domaine de l'extension d'univers, peut-être que quelques textes plus encyclopédiques façon Appendices seraient les bienvenus pour recoller les morceaux ensemble.

En attendant, ce petit livre est un bon moyen de patienter et s'intègre parfaitement avec les deux romans (sinon par son format) grâce à sa très chouette couverture. Petite remarque par contre à l’attention de la maison d’édition : si la présence d’un sommaire est fort appréciée (alors qu’il manquait à l’appel dans Le sentiment du fer), ce serait encore mieux s’il donnait la bonne pagination !

mercredi 7 décembre 2016

La justice de l’ancillaire (Les chroniques du Radch 1) – Ann Leckie


J’avais pas mal entendu parler de La justice de l’ancillaire lors de sa sortie, à cause de la longue liste de prix l’accompagnant et de sa traduction qui faisait débat. J’avais noté dans un coin de ma tête de le lire un jour, et il est tombé à point nommé alors que je cherchais un livres mettant en scène une intelligence artificielle pour compléter ma participation au challenge SFFF&Diversité.

Je me suis donc embarqué dans le premier tome des Chroniques du Radch, une trilogie (à ce jour ?) de space-opera plutôt plaisante, avec quelques petites originalités qui font la différence.

Commençons déjà par présenter l’univers : le Radch est un empire galactique qui tire sa force de ses conquêtes militaires. Les populations annexées servent à entretenir son armée d’ancillaires, des soldats que rien n’arrête puisqu’il s’agit de corps humains contrôlés par des intelligences artificielles.

Outre sa politique d’annexion bien rôdé, le Radch se caractérise par son ambiance assez surannée. Le thé, les gants, les strates sociales et les bonnes manières sont de mises dans cet univers très codifié dont la devise pourrait être « justice, convenances et avantages ». Cependant tout ne ressemble pas à l’empire britannique du XIXe siècle, puisque la particularité de la culture radchaaï est d’ignorer complètement le genre.

Cela donne un effet particulier à la lecture puisque le féminin prime dans le texte (un peu à la façon des Chroniques du Pays des Mères). C’est assez déstabilisant, d’abord parce que la féminisation n’est pas poussée jusqu’au bout (au contraire des Chroniques du Pays des Mères, justement) et ensuite parce qu’on n’a très peu d’éléments qui permettent de connaître du coup le genre des personnages. Le (la ?) narrateur(-trice ?) le donne parfois mais ne s’attarde guère dessus, du coup on a vite fait d’oublier.

C’est un choix intéressant car une fois passée la frustration première (« non mais attends on dit une lieutenant mais c’est un homme ? Et elle c’est une elle ou une elle-il ? »), on se rend compte que ça n’a aucune importance. Même sans éléments de genre, on a suffisamment d’éléments pour différencier les personnages. Et si on finit (comme moi) par considérer que tout le casting est de genre féminin par défaut, ma foi cela reste une goutte d’eau dans l’océan d’une SF souvent très masculine.

Maintenant que le contexte est posé (quatre paragraphes quand même !), rencontrons notre narratrice (du coup moi aussi je féminise). Bien qu’elle se présente comme Breq, une voyageuse venue d’une contrée extérieure au Radch, il s’agit en fait de Un Esk, un ancien ancillaire du vaisseau de guerre le Justice de Toren, qui se retrouve soudainement seul suite à la disparition du vaisseau (et de son intelligence artificielle, donc).

On se perd un peu dans l’intrigue au début, car il faut appréhender l’univers, déjà complexe, tout en suivant une intrigue à cheval sur plusieurs époques et une narratrice qui a tendance à multiplier les points de vue : en effet en temps qu’IA, elle peut voir par les yeux de ses nombreux ancillaires, ce qui donne parfois d’étranges récits.

Petit à petit, on se prend cependant au jeu et on finit par se passionner par cette histoire riche en doubles et en parallèles, où les complots politiques peuvent vite prendre une tournure inattendue. Certes il ne se passe pas tellement de choses à l’échelle de ce premier tome, mais cela permet de se mettre dans le bain, et ce n’est de toute façon pas désagréable de profiter un d’un space-opera qui mise plus sur les discussions (et les salons de thés !) que sur l’action.

La justice de l’ancillaire est donc un chouette space-opera. Certes il ne révolutionne pas le genre (il a sans doute reçu trop de prix pour son propre bien, du coup on le surestime) mais il remplit parfaitement le cahier des charges et apporte son lot de particularités. Je lirais la suite avec plaisir, histoire d’avoir la suite des aventures de Un Esk.

CITRIQ


Item 27 : Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant

dimanche 4 décembre 2016

Recueil factice - Novembre 2016

Après une période où j’avais l’impression de ne rien faire, le mois de novembre offre un sacré contraste, j’ai même abandonné certaines chroniques à écrire au profit de brèves, faute de temps à leur consacrer. Je m’excuse donc par avance pour le caractère massif de ce bilan mensuel.


LIVRES


Bifrost hors-série : La science-fiction en bande dessinée
Uniquement consacré à la bande dessinée de SF, ce hors-série de Bifrost offre un vaste panorama sur la question à travers les époques et les pays. Abondamment illustré, il donne envie de dévaliser la librairie ou la bibliothèque la plus proche pour lire ou relire tout un tas de séries. Pour la petite anecdote je picorais dedans avant les Utopiales. Lorsque j'ai repris ma lecture en rentrant, j'ai découvert que je m'étais arrêtée à Universal War One de Bajram, l'auteur de l'affiche des Utopiales. Il n'y a pas de coïncidence !

L’ensorceleuse de Pointe-Lévy (Le crépuscule des arcanes 1) – Sébastien Chartrand
Un chouette premier tome d’une trilogie de fantasy québécoise : Chronique complète

Philip K. Dick goes to Hollywood – Léo Henry
Un sympathique recueil de nouvelles pour qui aime les textes référencés : Chronique complète

Le sentiment du fer – Jean-Philippe Jaworski
Quelques nouvelles du Vieux Royaume, toujours aussi bien écrit : Chronique

Les pierres qui pleurent (Aventures à Guédelon 1) – Danielle Martinigol
Un joli roman d’aventure jeunesse autour du Moyen-Âge : Chronique complète

Le retour du roi [nouvelle traduction] – J.R.R. Tolkien
La conclusion d’un superbe projet de nouvelle traduction : Chronique complète



FILMS


Les animaux fantastiques – David Yates
Le film qui m’a réconcilié avec l’univers d’Harry Potter au cinéma : Chronique

Captain Fantastic – Matt Ross
A la base je suis venue vers ce film à cause de Viggo Mortensen et à cause de l'affiche qui semblait pointer vers un film de Wes Anderson... ça n'a évidemment rien à voir mais Viggo Mortensen est par contre comme chez lui dans ce rôle de père un peu hippie qui élève ses enfants à sa façon, coupés du monde mais très au fait des derniers avancées de la physique. Captain Fantastic est un film plein de vie et souvent drôle, mais qui fait aussi beaucoup réfléchir sur le mode de vie complètement décalé de cette famille (avec ces enfants brillants mais inadaptés et ce père très franc et parfois très autoritaire). Je ne pensais pas sortir de la salle avec autant de questions, mais ça n'en rend pas le film moins intéressant, bien au contraire (et puis Viggo quoi !).

Cronos – Guillermo del Toro
Cronos est le premier film de Guillermo del Toro, qui met en scène une histoire d'immortalité qui semble faire un amalgame entre vampires et pierre philosophale. J'ai découvert ce film aux Utopiales et je l'ai trouvé certes un peu désuet (il a plus de 20 ans) mais fort sympathique. On retrouve déjà quelques archétypes du réalisateur, Ron Perlman est déjà de la partie et l'histoire a une patine fort sympathique grâce à un couple de héros atypiques (un grand-père et sa petite fille).

Doctor Strange – Scott Derrickson
Le film de super-héros du mois de novembre, qui s'intéresse aux débuts du Sorcier suprême, un personnage qui détonne un peu dans l'univers Marvel (il utilise la magie et s'offre des voyages et des combats assez psychédéliques). La trame est archi-classique (presque copiée-collée sur celle de Iron Man) mais le film arrive à démarquer grâce à un univers visuel exubérant de toute beauté et un héros qui ne prône pas forcément de raser une ville pour sauver le monde. J'ai passé globalement un bon moment même si j'ai eu du mal à accrocher au début, j'ai trouvé les blagues balancées sans cesse par le personnage en complet décalage avec l'acteur (j'attendais plutôt du cynisme froid à la Severus Rogue venant de Benedict Cumberbatch). Une fois que la fréquence des vannes baisse, cela passe beaucoup mieux !

Miss Peregrine et les enfants particuliers – Tim Burton
Adapté d'un roman de Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers nous raconte la rencontre entre un adolescent isolé et un pensionnat assez étrange où tous les enfants ont des dons étranges. J'avais un peu peur d'avoir déjà tout vu du film dans la bande-annonce mais il n'en a rien été. Malgré un rythme un peu lent (mais pas désagréable), Miss Peregrine est un film prenant qui sait être attachant. L'univers fantastique est chouette et ne fait pas trop dans l’autocitation comme le faisait beaucoup Tim Burton dernièrement. Si on laisse de côté l'histoire des boucles qui n'est pas toujours très claire, on passe un excellent moment devant ce film.



SÉRIES


Black Mirror – Saison 3
J'avais un peu peur que cette saison produite par Netflix et avec plus d'épisodes perde de son charme, mais même avec 6 épisodes et une ambiance plus américaine, Black Mirror ne perd rien de son charme et de sa froide anticipation. Le format stand-alone (c'est un peu comme regarder des nouvelles à la télé) fonctionne à merveille et permet d'évoquer plein d'aspects de notre vie actuelle (les systèmes d'appréciation sur Internet, la réalité virtuelle ou encore les lunettes connectées et les drones) en imaginant bien évidemment les pires dérives.
Tous les épisodes ne se valent pas (certains sont captivants le temps du visionnage et vite oubliés après) mais chacun se démarque par son atmosphère à chaque fois différente. Le premier (Chute libre) et le dernier (Haine virtuelle) sont de loin les plus forts, d'autant plus qu'ils forment un excellent diptyque sur les dérives des réseaux sociaux. J'ai également beaucoup San Junipero, qui détonne presque par son caractère plutôt positif au final.



SORTIES


La France d’Avedon : vieux monde, new look à la BNF
En allant assister à une conférence sur Tolkien à la BNF (voir plus bas), je n'ai pas pu résister à faire un détour du côté des expositions pour voir celle sur Avedon, vu qu'il s'agit d'un de mes photographes favoris, dont les portraits sont toujours exceptionnels. L'exposition a un petit côté bric-à-brac (on y évoque ses portraits, ses reportages de magazine, son implication dans la réalisation de films ou encore son travail éditorial avec Lartigue) mais c'est l'occasion du coup de découvrir plein de facettes de son travail. Les portraits sont comme toujours magnifiques, et j'ai également bien apprécié de visiter l'envers du décor au travers de photographies annotées avec les mentions de retouche.

Quoi de neuf au Moyen-âge ?
Cette exposition fort sympathique s'attache à démonter certains mythes sur le Moyen-Âge grâce aux découvertes archéologiques récentes. Après une première partie qui nous offre des repères chronologiques, la deuxième partie développe certaines thématiques (les campagnes, les villes, les élites, les voyages, etc.) à grand renfort de films et d'animations. On se rend du coup vite compte que cette ère soit disant d'obscurantisme n'en était pas une. Du fait de l'affluence je n'ai pas pu tout apprécier à sa juste valeur, mais je suis ressortie avec quelques idées intéressantes. Pour ceux qui ne peuvent faire le déplacement, je vous recommande l'émission La marche de l'histoire sur le sujet, qui couvre une partie de l'exposition.

13èmes Rencontres de l’imaginaire à Sèvres
Un chouette petit festival en banlieue parisienne : Chronique complète

Rencontre à la BNF à l’occasion de la traduction par Daniel Lauzon du 3e tome du Seigneur des Anneaux
Cette sympathique conférence (hélas trop courte) était l’occasion d’entendre Daniel Lauzon parler de son travail de traduction sur le Seigneur des Anneaux, mais aussi d’évoquer l’ancienne traduction de Francis Ledoux (courageuse et certainement pas à rejeter). L’influence de Tolkien sur d’autres œuvres a aussi été abordée, car ce sera le sujet d’une grande exposition à venir à la BNF sur Tolkien en 2019 (autant dire que vous en entendrez sûrement parler à nouveau en ces lieux).
Bref, tout cela était fort intéressant, et j’ai adoré Les échanges les lectures par un acteur qui ponctuaient la rencontre. C’est bien simple, que ce soit quand les Nazguls entraient en scène ou lors d’une simple conversation entre Faramir et Eowyn, j’en ai eu des frissons. Du coup je ne sais plus si je dois louer l’écriture de Tolkien, la traduction brillante de Daniel Lauzon ou le talent de l’acteur… sans doute les trois à la fois !

Utopiales 2016
Utopiales, what else ? : Jour 1 - Jour 2 - Jour 3



JEUX VIDÉO

Comme vous vous en doutez, le manque de temps ne m’a guère permis d’approcher l’ombre d’un jeu vidéo digne de ce nom ce mois-ci. A la place je me contente d’instants volés sur les jeux mobiles : Hearthstone toujours, Carcassonne (mon dada du moment) et j’ai récemment remplacé Fallout Shelter (dont j’avais fait le tour) par Fantastic Beasts (le jeu mobile inspiré du film inspiré du livre), aux mécaniques répétitives et bien évidemment conçues pour pousser à l’achat, mais dont j’aime bien la partie graphique.



MUSIQUE


Êtes-vous vraiment surpris par le choix de ce mois-ci ? Etant tombée amoureuse du film, je ne pouvais que tomber sous le charme de la musique des Animaux fantastiques, composée par James Newton Howard.

Sa musique sait se faire épique si nécessaire et magique lorsqu’il le faut, comme en témoignent des morceaux tels que Tina Takes Newt In / Macusa Headquarters ou encore Inside the case. A titre personnel j’ai également beaucoup aimé les passages jazzy qui renforcent l’ambiance « années 20 » et viennent accompagner à merveille l’excellent personnage de Jacob. A écouter dans la piste Newt Says Goodbye to Tina / Jacob's Bakery (à partir de 2:00).

(j’aurais aussi pu vous parler des musiques de la saison 3 de Black Mirror mais aussi adaptées qu’elles soient aux images, elles ne sont pas très joyeuses et inutile de vous plomber le moral alors qu’il fait nuit avant 17h !)



AU PROGRAMME POUR FINIR L’ANNÉE

Côté lectures, vous devriez entendre parler de La justice de l’ancillaire de Ann Leckie et de Fleurs au creux des ruines de Chloé Chevalier que je viens de terminer. Il est probable que j’enchaîne ensuite sur Membrane de Chi Ta-Wei (pour finir le challenge SFFF&Diversité) et Horus & cie de Timothée Rey (un jeunesse auquel je devrais rapidement faire un sort), tout en continuant à avancer dans Fidèle à ton pas balancé de Sylvie Lainé.

Côté films, le mois de décembre promet d’être riche en SF avec Premier contact et Star Wars : Rogue One. Cela fait déjà un bon programme avant Noël qui devrait vite arriver ! Côté séries, j’aimerais bien terminer la saison 4 de Orange is the new black et la saison 2 de Gotham. Au rythme actuel de visionnage, c’est déjà pas mal !

Côté jeux vidéo, si j’ai encore du temps à côté, j’en profiterai sans doute pour avancer la partie de Mass Effect que j’ai en cours. Ou pour tester un nouveau jeu pour une fois. A condition de trouver le temps entre deux parties d’Hearthstone (parce qu’avec la nouvelle extension qui vient de sortir, forcément je suis bien occupée !).

mercredi 30 novembre 2016

13èmes rencontres de l'imaginaire (Sèvres)


Bien que je passe tous les ans aux Rencontres de l’imaginaire de Sèvres depuis 2009 (quand même !), j’oublie souvent d’en faire le compte rendu (le dernier remonte d’ailleurs à 2011) car j’oublie une fois sur deux mon appareil photo et je passe souvent plus de temps au restaurant qu’à l’intérieur. Cette année cependant je suis venue mieux préparée, et la présence d’Alys, nouvelle venue qui découvrait pour la première fois les Rencontres m’a aussi poussé à profiter un peu plus du lieu de passer l’après-midi à papoter sur un fauteuil.

Arrivée juste avant midi, j’ai commencé par retrouver Lhisbei et M. Lhisbei à l’intérieur en attendant Alys, Shaya et Tigger Lilly qui étaient à la conférence sur la SF française des origines à 1950 (mon emploi du temps ne m’a malheureusement pas permis d’y assister mais vous pouvez la rattraper ici, merci ActuSF !).

Suite à quoi nous sommes allés comme de coutume manger dans le restaurant asiatique en face où nous avons allègrement papoté jusqu’à 14h et donc raté la conférence suivante (classique). Qu’à cela ne tienne, nous avons visité les expositions à la place : 



Dans les niveaux inférieurs du SEL, nous avons pu apprécier quelques belles couvertures des éditions du Bélial' (avec un gros faible pour ma part pour la couverture du Bifrost consacré à Pierre Pélot, en haut à droite, que j’aurais bien volée pour mettre chez moi).


Plus bas se trouvait l’exposition consacrée à François Baranger. Là encore, c’est un régal pour les yeux, à vous faire regretter d’avoir autant de meubles chez vous qui vous empêche de mettre plus d’affiches sur les murs (mais les bibliothèques ou la déco, il faut choisir !).



Nous avons ensuite voulu voir l’exposition à L’Esc@le mais il y avait dans la salle une conférence–dont nous avions aussi raté le début bien sûr-, du coup nous avons fait une petite expédition à la Médiathèque de Sèvres pour voir l’exposition Pulp Science fiction, l’occasion de découvrir moult couvertures de magazines riches en dinosaures, en services à thé volants et en femmes très légèrement vêtues de préférence.

J’ai beaucoup apprécié, d’autant plus que j’ai également visité un peu la médiathèque qui est dotée d’un fonds de SF, de BD et de livres jeunesse qui donne très envie. J’hésite presque à me prendre une inscription pour pouvoir dévorer des BDs pendant les vacances !


Retour ensuite à l’Esc@le pour voir l’exposition Lohran, un sacré illustrateur également (à ne pas confondre avec le grand Lorhkan par contre !). Et pour le coup il y avait plein de dessins, c’est chouette !

Retour ensuite au SEL où nous avons rempli le quiz (mais seule Alys a gagné malgré le fait que nous avions toutes copié les unes sur les autres) et où j’ai fait « quelques » achats. Je m’étais pourtant promis d’être raisonnable si tôt après les Utopiales mais vu que personne n’a fait d’effort pour me dissuader (Shaya m’a même encouragé), je suis repartie avec 5 livres :


  • Fleurs au creux des ruines - Chloé Chevalier (pour continuer à visiter le Demi-loup)
  • Un pont sur la brume - Kij Johnson (parce que Heure-lumière comme les trois suivants)
  • Le nexus du Docteur Erdmann - Nancy Kress
  • Le choix - Paul McAuley
  • Cookie Monster - Vernor Vinge
  • Horus & cie - Timothée Rey (un nouveau texte d'un de mes auteurs favoris sous prétexte de tester un roman jeunesse pour mes neveux/petits-cousins/etc.)
Pour la petite anecdote, j’étais un peu déçue pour les livres de la collection Une heure-lumière vu que tous les marques pages assortis n’étaient pas disponibles (j’ai juste pu récupérer celui de Un pont sur la brume).

J’ai découvert en rentrant chez moi que j’en avais déjà certains (reçus avec des Bifrost ou ramassés lors d’un festival, allez savoir). En fait je les avais tous sauf un, Cookie Monster… qui est justement celui qu’Alys a trouvé dans le Bifrost qu’elle a acheté à Sèvres et qu’elle m’a gentiment donné. Si ce n’est pas le destin ça !

Autres comptes rendus : Lhisbei, Tigger Lilly

lundi 28 novembre 2016

Le retour du roi [nouvelle traduction] – J.R.R. Tolkien


Après m’être jetée sur les deux premiers volumes de la nouvelle traduction (ici et ), j’ai pris mon temps avant de me procurer la conclusion. En effet, une fois cet ultime volume relu, quand trouverais-je un nouveau prétexte pour me replonger dans cette saga qui m’accompagne depuis seize ans ?

Difficile de ne pas répéter pour Le retour du roi ce que j’avais déjà dit pour La Fraternité de l’Anneau et pour Les deux tours : cette nouvelle traduction signée Daniel Lauzon vient considérablement rafraichir et alléger cette grande aventure, la rendant mille fois plus fluide et mille fois plus agréable à lire.

Chose importante également, cette nouvelle traduction colle moins aux mots pour mieux se soucier du rythme, si bien que sous le Tolkien créateur d’univers, on a enfin l’occasion de découvrir le Tolkien écrivain, au style légèrement archaïque mais souvent très chantant (ce qui n’était guère perceptible auparavant à moins de lire en VO).

Voilà un exemple, un passage qui ne m’avait jamais particulièrement marquée mais qui m’a pratiquement sauté au visage lors de ma relecture :
Version anglaise : « He knew in the core of his heart that he was not large enough to bear such a burden, even if such visions were not a mere cheat to betray him. The one small garden of a free gardener was all his need and due, not a garden swollen to a realm ; his own hands to use, not the hands of others to command. »
Traduction de Francis Ledoux : « Il savait au fond de son cœur qu'il n'était pas de taille à porter pareil fardeau, même si de telles visions n'étaient pas un leurre destiné à le tromper. Le seul petit jardin d'un jardinier libre répondait à son besoin et à son dû, et non pas un jardin enflé aux dimensions d'un royaume ; il devait se servir de ses propres mains et non commander à celles des autres. »
Traduction de Daniel Lauzon : « Il savait, en son for intérieur, qu'il n'était pas de taille à supporter un tel fardeau, en supposant que ces visions ne soient pas un simple leurre. Un tout petit jardin, celui d'un jardinier libre, tel était son unique besoin et son seul dû, non un jardin érigé en royaume ; travailler de ses propres mains et non commander celles des autres. »
La retraduction des noms fera bien sûr toujours débat (preuve que tout n’était pas à jeter dans la traduction de Francis Ledoux, bien au contraire), mais elle a le mérite de respecter les consignes de Tolkien, et au final c’est un prix fort faible à payer pour un formidable travail d’harmonisation qui évite notamment de voir des personnages changer de nom entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux.

C’est donc avec un grand plaisir que j’ai pour ma part revécu le siège de Minas Tirith, la chevauchée des Rohirrim et la traversée du Mordor par Frodo et Sam. J’ai été une fois de plus emportée par le caractère épique de cette aventure (qui n’est jamais que la partie émergée de l’iceberg, l’infime conclusion de l’immense saga de la Terre du Milieu imaginée par Tolkien) mais aussi par ses moments parfois intimistes et paisibles, qui ne font pas forcément dans la surenchère de batailles (elles sont d’ailleurs fort brèves quand on les compare à celles de l’adaptation de Peter Jackson !).

Une fois l’histoire close, on peut également profiter d’appendices remis à jour (et harmonisés, je l’ignorais jusque-là mais ils n’ont pas été traduits par Francis Ledoux) qui permettent d’avoir un aperçu rapide mais néanmoins fort dense de tout l’univers derrière Le Seigneur des Anneaux. Il y a juste une jolie bourde graphique sur l’arbre généalogique de Sam mais j’imagine que cela sera corrigé pour les éditions ou tirages futurs.

Comme les tomes précédents, cette nouvelle traduction vient également avec son lot d’illustrations signées Alan Lee (toujours aussi belles) et ses cartes très pratiques pour suivre l’action. Je regrette toujours un peu que le milieu de la carte générale soit toujours difficilement lisible sans casser le dos du livre, mais comme il y a la carte détaillée du Gondor dans ce tome-ci, cela gêne moins.

Voilà pour le tour de cette nouvelle édition. Je ne vous ai pas vraiment parlé de l’histoire mais si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous renvoie à un article précédent où je chroniquais la version anglaise.

Reste à répondre à la question que vous vous posez sans doute, à savoir est-ce que cette nouvelle traduction en vaut vraiment la peine, surtout quand on a déjà une ou deux éditions différentes chez soi ?

Pour les fans (comme moi quoi !), je pense qu’elle est indispensable, tout simplement, parce qu’on a enfin l’occasion de lire un texte unifié du Hobbit au Retour du Roi où l’on découvre et redécouvre des tas de choses.

Pour quelqu’un qui n’a jamais lu l’œuvre parce qu’il trouvait le style difficilement accessible, c’est je pense l’occasion rêvée de s’y mettre (et si ça ne passe pas avec la nouvelle traduction, ma foi au moins vous aurez tout essayé !).

Et pour toutes les personnes à mi-chemin entre le fan et le novice, c’est à vous de voir. A l’heure actuelle c’est une lecture qui demande un certain investissement (60 euros en papier, pas beaucoup moins en numérique hélas) mais qui peut avoir son intérêt si on n’avait pas d’édition illustrée ou si on a envie de faire une belle relecture. Mais on peut toujours attendre la sortie d’une belle intégrale ou le passage en poche (ce qui devrait arriver également à terme).

Pour ma part j’espère que maintenant que cet énorme chantier est achevé, on va pouvoir savourer soit la suite de l’Histoire de la Terre du Milieu, soit une version révisée du Silmarillion (entre deux parutions de textes inédits bien sûr !).

CITRIQ