lundi 30 décembre 2013

The Hobbit : The Desolation of Smaug - Peter Jackson


(Quelques spoilers ont pu se glisser dans cet article, vous voilà prévenus)

En ce moment dans les adaptations cinématographiques, la mode est au film de trop : huit Harry Potter pour sept livres, quatre Twilight et quatre Hunger Games pour le prix de trois (enfin techniquement ça serait plutôt trois pour le prix de quatre pour le spectateur), et enfin trois Hobbits pour un seul roman.

Je vous avoue que dès que Le Hobbit a pris la forme d'une trilogie, j'ai eu des doutes. Deux films pour 300 pages (plus quelques annexes), passe encore, mais trois... Et maintenant que j'ai pu voir le deuxième volet, je ne peux que confirmer qu'il y a définitivement un film de trop dans cette histoire. Et il s'agit de La désolation de Smaug.

Et de trop, il l'est à tout point de vue : il est trop long, il ajoute trop d'intrigues secondaires qui partent dans tous les sens (quand on commence à croiser des elfes et des orques à Lacville il y a de quoi se poser des questions), il joue trop sur l'auto-référence (c'est rigolo pour la première scène, ça l'est moins quand tout le film semble rejouer la trilogie du Seigneur des Anneaux), si bien que la présence si polémique de Tauriel n'est finalement qu'une petite goutte d'eau dans un océan d'excès.

Certes il est facile pour moi de râler sur ce film, après tout j'ai du mal avec cette adaptation qui se veut plus prélude aux films du Seigneur des Anneaux que portage à l'écran du très enfantin Hobbit. Mais mis à part le sabotage de certains passages (Beorn quoi snif) et la disparition du ton enfantin, c'est le film qui me pose problème, plus que l'adaptation.

D'ailleurs j'ai même plutôt apprécié certains ajouts, et surtout la confrontation avec Smaug. C'est même le point positif dans le film : le dragon vraiment superbement bien rendu, avec une voix magnifique qui plus est (mais je n'en attendais pas moins de Benedict Cumberbatch).

Par contre je me suis surprise à faire le parallèle avec la nouvelle trilogie Star Wars : on y retrouve la même volonté de faire quelque chose d'encore plus beau, d'encore plus grand, d'encore plus complexe que la précédente trilogie. Et à force de trop étirer tout ça, on se retrouve avec un résultat certes très beau visuellement, mais creux, qui fait bien moins vibrer.

La bonne nouvelle c'est que si le premier volet était prometteur à défaut d'être parfait (comme La menace fantôme) et le deuxième affreusement mauvais (comme L'attaque des clones, on a même le droit à une romance cucul tout pareil), on devrait avoir une bonne surprise sur le troisième film !

samedi 28 décembre 2013

Le noir dessein (Le fleuve de l'éternité 3) - Philip José Farmer


Continuant mon périple le long du Fleuve de l’éternité, me voilà donc rendue au troisième volume de cet étrange aventure. Le programme est clair lorsqu’on voit la couverture : cette fois-ci nous voyagerons par la voie des airs.

Le noir dessein est un récit à multiples points de vue, ce qui change des deux volumes précédents. On y retrouve bien sûr Burton et Mark Twain, tous deux toujours occupés à remonter le fleuve en bateau. Cependant leurs histoires occupent une place très mineure dans le livre.

A la place on suit les pas de Jill Gulbiera (une pilote de dirigeable) et de Peter Frigate (sorte d’avatar de l’auteur dans son propre ouvrage) qui sont bien décidés à rejoindre le pôle et sa mystérieuse tour sombre en dirigeable ou en ballon.

(du coup entre l’existence de cette tour sombre et la présence de l’auteur dans l’histoire, difficile de ne pas penser à Stephen King à la lecture)

Deux fois plus épais que les volumes précédents, Le noir dessein se révèle sans surprise bien plus riche : les mystères s’épaississent autant qu’ils s'éclaircissent, ce qui fait qu’on se demande tout du long si les personnages sont vraiment ce qu’ils prétendent être et pour quelle faction ils travaillent exactement.

De nouvelles célébrités s’invitent bien sûr à la fête (dont un éminent auteur qui voyage incognito), mais il est assez marrant qu’ils soient finalement tous rejetés au rang de personnages secondaires. L’auteur prend le temps de développer de « vrais » personnages fictifs comme Jill, et cela donne il me semble plus de consistance à l’histoire.

Il y a aussi quelques belles séquences dans les airs (l’épopée de Frigate en ballon est un magnifique hommage à Jules Verne) et une mise en abîme sympathique autour du personnage de Frigate, bref tout un tas de bons ingrédients qui contribuent à rendre la lecture agréable et addictive.

Je vais donc enchaîner sans trop tarder sur la suite. Je crains un peu qu’à la fin tout cela n’aboutisse qu’à un ridicule pschitt, mais comme la balade n’est pas désagréable pour le moment...
« Dommage que je n’ai pas pensé à quelque chose comme ça quand j’étais écrivain de science-fiction. Mais le concept d’une planète comportant un fleuve de plusieurs millions de kilomètres de long le long des rives duquel toute l’humanité ayant jamais existé aurait été ressuscitée (en grande partie tout au moins) aurait été trop grandiose pour tenir en un seul bouquin. Il en aurait fallu une douzaine au moins pour commencer à lui rendre justice. Non ; tout compte fait, je suis bien content de ne pas y avoir pensé. »
CITRIQ

jeudi 26 décembre 2013

Hunger Games : L'embrasement - Francis Lawrence


Après un premier film qui m’avait bien plu parce qu’il effaçait les défauts du livre, il était assez logique que j’aille voir ce deuxième volet de la trilogie Hunger Games (trilogie qui se fera en quatre films, je me demande vraiment ce qu’aurait pensé Douglas Adams de tous ces studios qui semblent copier honteusement sa trilogie en cinq volumes).

Nous retrouvons donc Katniss, Peeta et compagnie pour de nouvelles aventures : la tournée de promotion qui suit leur victoire, puis la nouvelle édition des Hunger Games alors que la révolte gronde dans les districts…

Comme souvent quand je vais voir les films sans trop d’attente, j’ai été plutôt agréablement surprise. L’adaptation est fidèle (c’est juste dommage que l’intrigue sur la rébellion passe complètement à la trappe, enfin j’imagine que du coup ça sera amplement développé dans les films suivants), mais on ne s’y ennuie pas car le cinéma apporte résolument un petit plus.

Outre le fait qu’on sort de la tête de Katniss (mais sinon je n’ai pas du tout une dent contre elle hein), cela permet une débauche d’effets visuels et de costumes pour les passages au Capitole qui font vraiment bien ressortir le côté critique des médias (surtout quand on compare Katniss au naturel et Katniss maquillée, qui n’est pas si différente ce qu’on voit à la télé parfois...).

Pour le reste ça bouge dans tous les sens, les acteurs sont vraiment bien dans leur rôle et les presque 2h30 de film passent relativement vite, on passe donc un bon petit moment de cinéma.

Je suis nettement plus inquiète quand à la suite vu que je ne vois vraiment pas avec quoi ils vont remplir deux films, mais ceci est un autre problème...

dimanche 22 décembre 2013

Fables 19 : Super Team - Bill Willingham


C’est l’hiver, le challenge Winter Mythic Fiction a démarré, et quoi de mieux pour ouvrir ma participation qu’une chronique de Fables ? Après tout, cela fait désormais quelques années que cette série de comics réécrit avec brio les contes de fées. Pour une fois je vais revenir un peu plus en détail dessus au lieu de chroniquer bêtement le dernier épisode.

(du coup article sans spoiler pour le moment)

Fables est une série mettant en scène les déboires d’un groupe de personnages de contes de fées qui pour fuir un tyran parti à la conquête de leurs royaumes, a fini par atterrir dans notre monde, celui des Communs. Ils vivent une vie discrète à l’abri des regards, les Fables d’apparence humaine vivant à New York tandis que les animaux sont relégués dans une ferme au fin fond de la campagne.

La petite communauté est dirigée par le roi Cole, mais c’est en vérité son adjointe, Blanche-Neige, qui fait régner l’ordre, assistée de Bigby (alias le grand méchant loup), shérif du coin. Evidemment les râleurs et les roublards ne manquent pas, sans parler de la menace de l’Adversaire, et encore cela ne concerne que les quinze premiers volumes !

Pour les amateurs de contes de fées, Fables est un véritable délice à lire parce que la série exploite toute la matière des contes (sans se limiter forcément aux figures les plus connues ou disney-ifiées) et offre des réinterprétations des personnages absolument succulentes.

On y découvre donc un Prince Charmant pas vraiment charmant qui s’est marié successivement avec Blanche-Neige, La Belle au bois dormant puis Cendrillon (et il les as toutes trompées !). Blanche-Neige est en froid avec sa sœur, Rose-Rouge (depuis qu’elle a couché avec son époux justement). Boucle d’Or couche avec Bébé-Ours parce que c’est acte militant, Pinocchio en a marre d’être coincé dans le corps d’un enfant...

Le tout s’entrelace à merveille (certains personnages traversent les histoires telle Frau Totenkinder) et petit à petit, c’est une vaste mythologie qui se dessine (dans les derniers volumes l’univers se théorise même petit à petit, éclaircissant les liens avec les mondes des Fables et celui des Communs, mettant en scène des figures à la limite de la divinité comme North ou Mr. Dark…).

Bon la série n’est pas sans défaut, il m’est arrivé d’avoir envie d’abandonner tant l’histoire se traînait, ou quand les opinions politiques de l’auteur passaient un peu trop dans les dialogues, mais dans l’ensemble on a plaisir à suivre l’histoire et les évolutions des personnages, et justement pour en venir au dernier tome...

(à partir de là spoilers sur le dernier tome)

Super team est un tome de transition, qui clôt (à priori) le cycle Mr Dark pour passer à autre chose. On assiste donc au repli des Fables à Haven, et à la mise en place d’une stratégie pas inintéressante pour venir à bout de Mr. Dark : monter une équipe de super-héros, parce que donner un symbole aux Fables aidera à vaincre ce terrifiant adversaire (et accessoirement parce que ça permet d’avoir des filles en mini-jupe, ça vous surprend si je vous dit que Pinocchio est à l’origine de ce plan ?).

En parallèle North enquête sur le mystérieux rejeton de Bigby et de Blanche, le fameux Zéphyr dont on ne parlait plus guère, et très vite les deux intrigues sont se mêler.

Le résultat est un tome qui semble clore un story arc (enfin… j’imagine) et qui ouvre vers d’autres intrigues futures : la destinée des enfants de Bigby et de Blanche semble être le sujet du prochain tome, mais ce ne sont pas les seuls rejetons qui interrogent : il y a aussi le bébé de la Belle et de la Bête. A ce rythme là on va bientôt mettre tous les héros de l’ancienne génération à la retraite.

A noter que ce tome théorise quelques peu l’existence de Mr. Dark, du Vent du Nord et autres entités quasi divines, ce qui est un ajout plutôt sympathique. Cela fait longtemps qu’on n’avait pas conceptualisé un peu tout l’univers et quand on a l’habitude du « pouvoir de l’amour » qu’on nous sert toutes les semaines dans Once upon a time, ça fait un bien fou de lire ça !

vendredi 20 décembre 2013

Un hiver dans les mythes et les contes


D’habitude, l’hiver est la saison des uchronies ou des voyages dans le temps, à cause du challenge qu’organisait jusqu’alors Lhisbei. Seulement voilà que cette année elle a changé de thématique (je la soupçonne de tout faire pour qu’on arrête de lui refourguer des articles sur Doctor Who…).

Cet hiver ce sera donc un Winter Mythic Fiction Challenge, qui s’intéressera à la fantasy proche des contes, des mythes et du folklore. Voilà qui n’est pas pour me déplaire, et il n’est pas dit que je ne trouve pas un moyen ou un autre pour parler de Doctor Who (nanananère).

Comme d’habitude, le challenge s’étend du 21 décembre au 21 mars, et les inscriptions se font sur le blog de Lhisbei.

Pour ma part je viens de faire le tour de ma PàL et de réaliser que je n’avais pratiquement rien qui colle avec la thématique ou presque (à part les deux derniers tomes de Fables).

Qu’à cela ne tienne, je vais sûrement en profiter pour rattraper quelques chroniques en retard dans le domaine : La forêt des mythagos de Robert Holdstock, La sèvre et le givre de Léa Silhol ou encore Le dieu dans l’ombre de Megan Lindholm, j’ai là l’occasion d’écrire enfin de belles chroniques à la hauteur de ces textes.

Je vous parlerais sans doute également de la série Once upon a time, et si j’ai du courage, je ne désespère pas de vous servir mon fameux article sur Sandman.

En attendant si vous manquez d’idées, voilà quelques suggestions personnelles puisées dans mes anciennes chroniques (et encore, j'ai écrémé, c'est pas comme si c'était pas ma marotte les mythes et les contes) :
  • Le Clairvoyage et La brume des jours de Anne Fakhouri (et sa belle atmosphère féérique)
  • Porcelaine de Estelle Faye (et son ambiance de légende chinoise)
  • Stardust de Neil Gaiman (authentique conte de fées pour adultes)
  • American Gods et Anansi Boys de Neil Gaiman (quand les dieux vivaient parmi nous)
  • Le Dit de la Terre Plate de Tanith Lee (superbe cycle de contes et d’histoires d’inspirations mythologiques)
  • Soeur des cygnes de Juliet Marillier (adaptation façon fantasy historique des contes d’Andersen et Grimm sur les cygnes) 
  • Roi du matin, reine du jour de Ian McDonald (magique, tout simplement)
  • Belle de Robin McKinley (une réécriture bien pensée de la Belle et la Bête)
  • Un privé sur le Nil et Mariage à l’égyptienne, deux aventures de Lasser détective des dieux par Sylvie Miller et Phillipe Ward (bah quoi y’a des dieux partout là-dedans, ça compte non ?)
  • Fables de Bill Willingham (parce qu’on adore voir bosser ensemble Blanche-Neige et le grand méchant loup)
  • L’épouse de bois de Terri Windling (si vous ne devez en lire un seul, lisez celui-là !)
(et si je suis hors-sujet, je fais confiance à Lhisbei pour me taper sur les doigts)

A très bientôt pour des aventures dans les mythes et les contes...

mercredi 18 décembre 2013

Grandville & Grandville mon amour - Bryan Talbot


Il y a très longtemps que j'avais entendu parler de Grandville sur le blog de Spocky, mais il a fallut l'article de JainaXF pour me la remettre en tête et me motiver à l'emprunter à la bibliothèque. Depuis je regrette presque d'avoir attendu aussi longtemps pour découvrir ce comic vraiment particulier.

Dans les remerciements, l'auteur évoque entre autres Arthur Conan Doyle, l'ours Rupert et Quentin Tarantino, cela vous donne une idée de l'étrange mélange des genres qu'est Grandville, univers uchronique et steampunk où les héros sont pratiquement tous des animaux.

(Remarquez question étiquette on se retrouve avec une sorte fantasy animalière steampunk et uchronique, il faut reconnaître que ça en jette comme appellation !).

Le premier tome de la série démarre sur un meurtre mystérieux, qui amène l'inspecteur LeBrock (un blaireau) et son assistant Ratzi (un rat donc) à se rendre à Grandville (Paris) pour mener leur enquête. Bien évidemment, ce crime dissimule de bien sinistres plans que nos deux détectives vont lutter pour mettre au jour et déjouer.

Ce que j'ai apprécié dans Grandville, c'est qu'il s'agit d'une œuvre incroyablement dense et aboutie à tous les niveaux. Les dessins sont de toute beauté, le scénario est diablement prenant, l'uchronie bien pensée, les personnages extrêmement riches... bref je ne suis pas sûre qu'on puisse faire un seul reproche à cette BD.

J'ai beaucoup aimé le fait que les niveaux de lecture soient multiples : on peut lire Grandville comme une simple enquête policière riche en scènes d'action (et déjà dans le domaine on se régale), mais on peut aussi apprécier tout le jeu de références auquel se livre l'auteur (qu'il s'agisse d'éléments de décors, de caméos de personnages ou d'allusions historiques ici et là).

Ajoutez à ça le fait que chaque tome soit une histoire complète, ce qui évite de rester en plan en fin d'ouvrage, et je pense que vous aurez suffisamment de raisons pour découvrir ce comic, si ce n'est pas déjà fait.

Le troisième tome, sorti l'année dernière, n'a pas contre pas encore été traduit en France, j'espère tout de même qu'on le verra un jour, ça serait dommage de laisser une aussi chouette série en plan !

CITRIQ

lundi 16 décembre 2013

Le bateau fabuleux (Le fleuve de l'éternité 2) - Philip José Farmer


Après avoir terminé Le monde du fleuve, je suis tombée sur l'intégrale du cycle à la bibliothèque. Du coup je n'ai pas pu résister, je l'ai emprunté et j'ai continué mon périple le long du Fleuve de l'éternité.

Pour ce tome-ci, on laisse de côté Sir Richard Francis Burton pour se concentrer sur un nouveau héros, Mark Twain. Celui-ci s'est mis en tête de remonter le fleuve jusqu'à sa source et pour ce faire, il rêve de construire un bateau à vapeur comme ceux qui naviguaient sur le Mississippi.

Mais pour cela il lui faut des ingénieurs pour le construire, du métal et bien d'autres matériaux. L'éthique renégat lui fournit un peu d'aide, mais les obstacles restent néanmoins fort nombreux, et il va lui falloir négocier finement avec ses alliés et ses voisins pour arriver à ses fins.

Alors que j'avais un peu peiné sur le premier tome, Le bateau fabuleux est passé comme une lettre à la poste. Sans doute parce qu'il rentre directement dans le vif du sujet sans passer par la case « introduction du monde », mais aussi parce que l'intrigue est plus solide, construite autour d'un objectif : la construction du bateau.

J'ai aussi beaucoup plus apprécié le personnage principal, Mark Twain. Peut-être parce que le hasard a fait que j'ai lu un roman de lui peu de temps avant (et du coup j'avais une meilleure connaissance du personnage), mais aussi parce qu'il m'a semblé plus intéressant à suivre : c'est un personnage pétri de doutes, qui réfléchit beaucoup sur sa situation, sur l'état qui se construit autour de son bateau (où la langue officielle est l’espéranto).

Le bateau fabuleux est aussi un tome bien plus riche en personnages historiques. Si Burton brille par son absence (il est juste évoqué ici et là), on retrouve Goering mais aussi une flopée de célébrités qui ont un réel impact sur l'histoire (alors que dans le tome 1 leurs apparitions tenaient plus du caméo qu'autre chose) : Jean sans Terre (quelle ordure celui-là), Cyrano de Bergerac, ou encore Ulysse qui raconte une version bien différente de la Guerre de Troie.

Du coup j'ai vraiment eu plaisir à lire ce tome 2 du cycle. S'il n'apporte pas grands éclaircissements sur les mystères du fleuve, il offre une aventure vraiment plaisante et bien rythmée avec un final explosif qui ne peut que donner envie d’enchaîner sur la suite.

CITRIQ

dimanche 15 décembre 2013

Message de service (bis repetita)

Je me suis rendue compte cette semaine que ma boite mail de blog ne fonctionnait plus, donc si vous m'avez écrit dessus depuis le 10 décembre et que vous attendez toujours une réponse, je m'en excuse platement, je n'ai pas pu recevoir vos messages.

Comme pour le moment je n'ai pas de nouvelles de Yahoo qui est censé débloquer tout ça et en attendant de trouver une autre solution, je ressuscite mon ancienne boite mail :

calenwen [at] orange.fr

Elle marche toujours parfaitement, elle, au moins !

samedi 14 décembre 2013

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet - Reif Larsen


Comme prévu, après avoir vu le film réalisé par Jean-Pierre Jeunet, j'ai voulu rattraper le livre dont il était tiré, et je n'ai pas été déçue du voyage. D'ailleurs je comprends mieux maintenant les critiques des personnes ayant vu le film après avoir lu le livre, finalement c'est un peu comme si Jeunet n'avait adapté qu'une seule facette du livre.

Globalement, l'intrigue est la même que celle du film : un jeune garçon reçoit le prix Baird et décide de traverser l'Amérique clandestinement pour aller le recevoir. On retrouve le même ton décalé, la même famille qui vit dans son monde (avec le père cow-boy, la mère obsédée par les insectes, la sœur trop normale pour trouver sa place dans ce ranch de fous furieux) mais le héros se révèle finalement très différent.

T.S. Spivet est en effet légèrement plus âgé, et surtout il n'est pas un inventeur de génie mais un cartographe passionné. Du coup comme il passe son temps à dessiner, le roman fourmille de dessins, de cartes et d'annotations sur le bord des pages, ce qui confère au livre une aura assez unique : on a plus l'impression de parcourir un journal personnel que de lire un roman, et on prend son temps pour apprécier tous ces « bonus ».

Cela change d'ailleurs beaucoup sa façon de voir le monde, et du coup le ton du récit. T.S. est un observateur, quelqu'un qui regarde, étudie et qui finalement appréhende le monde par les dessins qu'il en tire. Cela donne un récit très posé, avec un ton dans lequel je me reconnais parfois, ce qui fait que j'ai vraiment pris mon temps pour lire.

(Je l'avoue, le format du bouquin le rendant difficile à trimballer dans le métro, ceci explique aussi ma lenteur, mais pour une fois je suis contente d'avoir pris le temps de m'imprégner doucement du texte.)

Du coup L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet se révèle un livre assez improbable et inclassable : c'est à la fois un roman d'apprentissage, un road trip un peu décalé (avec ses étranges sociétés secrètes), et une belle réflexion sur le monde des sciences et de la recherche (que ce soit via les péripéties de T.S. ou l'histoire de son arrière-arrière-grand-mère).

Bref c'est un sacré fouillis, mais plutôt dans une veine coffre au trésor d'enfant où l'on piocherait ici et là un peu de nostalgie, une note d'émotion, un rire léger. Ajoutez à ça un bel objet livre comme on en voit trop rarement, et vous obtenez une lecture charmante.

CITRIQ

jeudi 12 décembre 2013

Les machines de l'ïle à Nantes


Lorsque j'étais à Nantes pour les Utopiales, Tigger Lilly et Tortoise m'ont fait un superbe cadeau d'anniversaire : elles m'ont kidnappée (si si je vous jure elles m'attendaient de pied ferme à la fin de la conférence de Michel Serres) pour m'emmener dans un lieu un peu magique que je ne pensais pas avoir le temps de visiter.

Les machines de l'Ile est un endroit difficile à qualifier : ce n'est pas une simple exposition d'art mécanique, ce n'est pas une bête attraction, c'est un peu des deux, saupoudré d'une dose de spectacle et d'une bonne grosse louche d'émerveillement.

A une époque de production en série, de tout numérique ou de tout électronique, il est en tout cas fort plaisant de pouvoir visiter des endroits pareils, qui nous rappellent toutes les merveilles qu'on peut faire avec des mécanismes divers et variés, des matériaux aussi « primitifs » que le métal ou le bois, et de manière général avec ses dix doigts et un peu d'huile de coude !


L’Éléphant est la première réalisation des Machines de l'Ile. D'office, il met la barre très haut quand on croise sa route en arrivant là-bas, et qu'on le voit évoluer, bouger, cracher de l'eau...

Je trouve fantastique cette alliance de la mécanique (les mouvements sont vraiment bien rendus de ce que je peux en juger, après je ne fréquente pas des éléphants tous les jours !) et du bois (qui donne un côté vraiment réaliste à l'animal).


Toutes ces images se passent de commentaire, comment diable voulez-vous résister à ça quand vous êtes fan de SF ?


La galerie des machines est un lieu d'expositions consacré aux créations en cours. Actuellement, elle est donc en grande partie consacrée au projet de l'Arbre aux hérons, un arbre en métal végétalisé de trente-cinq mètres de haut qui sera surmonté de deux hérons et peuplé de créatures mécaniques.


La visite du lieu est assurée par des guides hauts en couleur qui présentent les différents projets et maquettes avec beaucoup d'humour et démonstrations à l'appui. On ne sait plus trop si on assiste à une présentation ou à un spectacle par moment, on passe donc un superbe moment à découvrir toutes les créatures qui peupleront l'arbre.


(d'ailleurs avec Tortoise on pense qu'un héron survolant la grande scène aux Utopiales, ça le ferait et ça faciliterait le suivi des concours de cosplays en plus!)


Et puis il y a aussi le Carrousel des Mondes marins, deuxième réalisation après l’Éléphant, un gigantesque manège à trois niveaux, peuplé de créatures marines en tout genre. Faute de temps, je n'ai pas pu le visiter mais ce n'est que partie remise pour une prochaine fois !

mardi 10 décembre 2013

Snowpiercer - Bong Joon Ho


Décidément, les films de SF ne manquent pas au cinéma en ce moment, j’en tiens presque un planning pour réussir à tout voir !

Adapté du Transperceneige, une BD française (cocorico !), Snowpiercer nous emmène donc à bord d’un train qui roule en boucle autour du monde, un monde gelé dans une ère glaciaire suite à l’utilisation d’un produit chimique pour contrer le réchauffement climatique.

A bord, il y a les premières classes en tête, puis les classes économiques, puis toute la misère du monde entassée en queue de train, à manger des rations peu ragoûtantes et à se faire tabasser au moindre signe de révolte. Et justement, en parlant de ça, un homme, Curtis (incarné par un Chris Evans presque méconnaissable quand on se rappelle sa tête de premier de la classe dans Captain America), décide de partir à l’assaut des wagons de tête.

Le déroulement de l’intrigue est assez simple à partir de là, ce qui laisse la part belle à la découverte de l’organisation du train (certes irréaliste mais fascinante néanmoins), de ses habitants hauts en couleur (il parait qu’il faut être un peu être cinglé pour réussir à vivre à bord, je ne peux qu’approuver cette déclaration)... et à la baston, forcément.

Snowpiercer est réalisé par Bong Joon Ho, un réalisateur coréen, et du coup même si on est sur du format blockbuster, le film m’a surpris à de nombreux moments, ce qui arrive rarement devant les productions bien calibrées d’Hollywood.

C’est en partie dû à la violence des combats (bien typique des films asiatiques), qui m’a mis franchement mal à l’aise par moment, alors que d’habitude je ne cille même pas face aux scènes de baston.

Mais il y a aussi tout un décalage par rapport à ce qu’on voit d’habitude : les personnages sont vraiment noirs, les figures archétypales ou les héros sont tous traînés dans la boue, et si l’intrigue est simple et le dénouement prévisible, les thématiques n’en restent pas moins d’une noirceur qu’on ne croise pas si souvent au cinéma.

Bref c’est ce qui m’a plu dans Snowpiercer, c’est un film rafraîchissant (sans mauvais jeu de mots) qui change de ce qu’on voit d’habitude sur le même genre de sujet.

dimanche 8 décembre 2013

Echecs et maths - Terry Bisson


Terry Bisson est un auteur qui avait croisé ma route il y a bien longtemps, par le biais d'un roman, Homme qui parle, étrange road-trip à travers les États-Unis. Je l'avais un peu oublié jusqu'à que Baroona chronique deux de ses recueils, Meucs et Echecs et maths. Comme j'ai croisé le deuxième à la bibliothèque, je l'ai emprunté, et en le commençant, j'ai eu le sentiment inexplicable de rentrer chez moi !

Echecs et maths est un recueil de trois nouvelles qui s'amusent à mélanger gaiement hard science et humour : Le trou dans le Trou nous apprend qu'il est possible d'aller sur la Lune depuis une casse de voitures à Brooklyn, Le bord de l'Univers nous fait observer la fin de l'univers à partir d'un revêtement de siège de taxi et Lune de miel à New York nous apprend que quand les avions sont à l'heure, c'est qu'il y a un problème !

Toutes ces histoires sont racontés par Irving, le narrateur, un avocat (enfin...) qui a pour ami un certain Wilson Wu. Et « tout le monde devrait avoir un ami comme Wilson Wu », dont les domaines de compétence étaient des plus variés, du droit à la cuisine, de la médecine chinoise aux mathématiques et à la météorologie (qui n'est pas l'étude des météores!) en passant par l'incroyable capacité de vous joindre au téléphone n'importe où.

Il m'arrive souvent de dire à propos d'un livre que je ne l'ai pas lu au bon moment. Pour une fois, c'est le contraire, je n'aurais rêver de meilleur moment pour m'attaquer à cet ouvrage alors que je venais de finir Tau Zéro.

Passer d'un texte très sérieux plein d'explications physiques certes fascinantes mais parfois franchement hermétiques à ce recueil qui vous fait pratiquement de la poésie mathématique en vous balançant des termes barbares comme « adjacence méta-euclidienne néotopologique », c'est absolument délicieux comme contraste.

Echecs et maths m'a un peu fait pensé aux écrits de Sean Stewart (L'oiseau moqueur) dans cette manière de mettre en scène avec beaucoup de précision la vie quotidienne en y ajoutant une légère dose de fantasy (ce qui explique sans doute cette impression de retour à la maison à la lecture).

Sauf qu'ici on se retrouve plutôt avec de la SF, quoique j'aurais plutôt tendance à qualifier les aventures d'Irving et de Wilson Wu de fantaisie science-fictionnesque (et tant pis si mon dictionnaire ne connaît pas ce mot) tant il utilise des éléments de SF pour broder des histoires très... fantaisistes.

Léger et délicieux à lire, Echecs et maths est donc une excellente petite trouvaille qui me donne bien envie de me replonger dans le reste des ouvrages de l'auteur.


CITRIQ

vendredi 6 décembre 2013

Tau Zéro - Poul Anderson


Jusqu'à maintenant j'avais toujours croisé Poul Anderson sous forme de nouvelles ou de novellas. Il était grand temps que je m'attaque à quelque chose de plus consistant. Et quoi de mieux qu'un petit roman de hard SF pour cela ? (non ne prenez pas la fuite tout de suite !).

Tau Zéro nous raconte la destinée de cinquante Terriens du XXIIIe siècle qui partent à bord d'un vaisseau spatial pour coloniser une planète à quelques années lumière de là. Ce voyage durera cinq ans pour eux mais trente ans pour le reste de l'univers. Enfin, si tout se passe comme prévu, bien sûr...

Tout le roman repose sur l'étude d'un principe physique, celui du décalage temporel qui se produit lorsqu'on voyage à une vitesse qui s'approche de la lumière, on nage donc vraiment dans la pure hard SF et pourtant ça ne m'a nullement gêné à la lecture.

C'est sans doute parce que l'auteur se concentrant principalement sur cette seule idée (et ses conséquences). On a donc le temps de la comprendre et on ne risque pas de finir noyer sous les théories. Même si certaines passages sont restés pour moi du charabia scientifique incompréhensible, j'ai trouvé le sujet abordable, on est quand même dans des notions qu'on a pu croisé ici et là en SF ou même en cours de physique.

Ce qui m'a frappé à la lecture de Tau Zéro, au risque de paraphraser les collègues, c'est le côté vertigineux de l'histoire qui nous emmène dans un périple unique dont on ne ressort pas totalement indemne. La quatrième de couverture (on devrait donner un prix au Bélial rien que pour l'excellence de ses 4e de couverture, en plus de celle des livres) parle de sense of wonder, c'est tout à fait ça.

Ca m'a fait un peu penser à certains passages de Palimpseste pour le côté « écoulement du temps à des échelles inhumaines », mais surtout (et un peu bizarrement) j'ai pensé à Gravity (ce film me poursuit décidément) dans cet art de nous obliger à tourner les yeux vers le ciel pour rêver de l'espace dans toute son immensité. Parce que c'est ça aussi Tau Zéro, une grande aventure spatiale.

Et qui dit aventure dit protagonistes, et Poul Anderson ne l'a pas oublié puisqu'il consacre une bonne partie du roman à mettre en scène les réactions de ces explorateurs de l'espace enfermés en vase clos, incertains quand à leur survie à proche ou plus long terme.

Même si les personnages sont assez peu développés (si bien que dans l'ensemble on en reste assez éloigné), toute l'étude sur comment maintenir le moral de l'équipage envers et contre tout est très intéressante également. Hard science donc, mais non sans une touche de sciences humaines !

Vous l'aurez compris, ce livre a été un authentique coup de cœur, le genre qu'on aimerait ensuite faire lire à tout son entourage juste pour qu'ils puissent eux aussi découvrir cette vertigineuse aventure. A défaut, je peux au moins essayer de vous convaincre vous de le lire !

A noter que comme d'habitude au Bélial, on a un ouvrage vraiment complet puisque le roman est accompagné d'une préface du traducteur, Jean-Daniel Brèque, qui présente l'ouvrage plutôt dans sa dimension littéraire, et d'une postface de Roland Lehoucq qui décrypte les différents éléments scientifiques du livre, ce qui permet d'obtenir quelques éclaircissements et de constater la rigueur scientifique de Poul Anderson en prime.

Quant à moi, je n'ai plus qu'à mettre Barrière mentale sur ma liste de Noël...

CITRIQ

mercredi 4 décembre 2013

Paris futurs (anthologie)


Ca faisait un petit moment que je lorgnais sur la collection numérique ArchéoSF, sans jamais oser me lancer. Les vieux textes, ça a son charme, mais des fois on a bien du mal à les lire. J'ai craqué finalement sur une petite anthologie, Paris futurs, parce que j'étais très curieuse de voir comment on imaginait le futur de la ville au XIXe siècle.

Et je n'ai pas été déçue du voyage parce qu'en cinq nouvelles on a le droit à un véritable festival de folies des grandeurs pour ce qui est de réinventer la capitale de la tête aux pieds. On trouve beaucoup d'utopies architecturales (ville circulaire, bâtiments tous identiques...)... mais aussi pas mal d'horreurs qui mélangent tellement de styles que la description m'en donne des frissons !

C'est marrant, la plupart des textes parlent de la ville, un peu (voire beaucoup) de son mode de gouvernance, mais très peu des habitants qui à en croire les auteurs sont toujours les mêmes. Et puis ils ont des obsessions qui semblent complètement folles maintenant : à les croire, on vivrait bien mieux sans jamais mettre le nez dehors, et on devrait interdire la nuit, la pluie, et tant qu'à faire bannir la nature en général !

Du coup c'est le genre de texte qui est idéal à lire sur liseuse parce qu'on peut surligner ainsi tout un tas de citations hilarantes, dont voici une petite sélection pour vous allécher :

« Ce chef, choisi par la nation, sera le plus beau, le plus intelligent et le plus fort de son royaume »
Théophile Gautier, Paris futur (au moins c'est simple)

« Il faut rendre enfin Paris habitable, et surtout instituer le divorce de l’homme et du parapluie »
Joseph Méry, Paris futur (qui démontre scientifiquement qu'on peut se débarrasser de la pluie en tirant des coups de canon dans les nuages)

« D’ailleurs un perfectionnement ingénieux s’était introduit dans la fabrication des squares. L’administration les achetait tout faits, sur commande. Les arbres en carton peint, les fleurs en taffetas, jouaient largement leur rôle dans ces oasis, où l’on poussait la précaution jusqu’à cacher dans les feuilles des oiseaux artificiels qui chantaient tout le jour. Ainsi l’on avait conservé ce qu’il y a d’agréable dans la nature, en évitant ce qu’elle a de malpropre et d’irrégulier. »
Victor Fournel, Paris futur (qui s'imagine une ville tracée au cordeau où l'on n'a pas hésité à déplacer les grands monuments, alors s'encombrer d'arbres, faut pas y penser !)

« Du reste, ce qui aida beaucoup le Gouvernement socialiste à solder ses propres dettes et celles des régimes antérieurs, ce fut l’établissement de l’impôt sur le revenu.
Ce nouvel impôt était assis de la manière suivante. Il était proportionnel au revenu tant que celui-ci ne dépassait pas 12,000 fr. par an. Mais, au-dessus de ce chiffre, il devenait total, c’est-à-dire qu’il confisquait purement et simplement tout ce qui excédait la somme réglementaire de 12,000 fr.
[...]
Sur les 100,000 fr., il en prenait 88,000 pour l’État et n’en laissait que 12,000 à l’exproprié. Celui-ci grognait bien un peu en se voyant ainsi réduit à la portion congrue, mais comme l’impôt en question, avait été voté par les Représentants du pays et que l’Administration veillait à sa stricte exécution, il n’y avait aucune réclamation à faire et il fallait, bon gré mal gré, se soumettre à la loi. »
Tony Moilin, Transformation de Paris (une magnifique utopie socialiste où tous les immeubles sont reliés entre eux et où on ne met plus le nez dehors)

« Du tombeau d’un poète nommé Victor Hugo, un peu moins connu que Homère, son ancêtre, on a fait un autel pour les poètes présents et futurs, mais on doute que ce poète ait existé, comme on doute de l’existence d’Homère. On a retrouvé quelques pages de la Légende des Siècles, pages sublimes échappées aux fureurs des guerres et des révolutions. Les critiques se disputent sur le point de savoir si c’est Hugo qui a écrit les Méditations attribuées à un nommé Lamartine et les Nuits, attribuées à un nommé Musset. »
Arsène Houssaye, L'an trois mille sept cent quatre-vingt-neuf (un auteur qui voit loin pour le coup).

Il n'y a que pour le dernier texte, L'inscription, de Eugène Fourrier, que je n'ai relevé aucune citation. Mais c'est un texte assez rigolo (et non dénué d'humour) sur les découvertes archéologiques du futur, une belle manière de clore ce recueil.

Bref vous l'aurez compris, dans le genre chouette initiative numérique, ce petit recueil est fort plaisant (et rigolo avec ça). Nul doute que je reviendrais faire un tour chez ArchéoSF à l'occasion (en plus les couvertures sont super sympas, ça compte, même en numérique !)

lundi 2 décembre 2013

Caviardages - Timothée Rey


J'ai découvert l'existence de ce recueil un peu par hasard en errant sur Internet, et comme j'ai une affection particulière pour les écrits de cet auteur, il fallait bien que je le lise un jour, voilà qui est chose faite ! Premier recueil de l'auteur (sorti avant Des nouvelles du Tibbar et Dans la forêt des astres), Caviardages se compose de sept nouvelles à la tonalité plutôt fantastique.

Voyez plutôt le menu :
- Caviardages aborde d'une façon assez délicieuse le pouvoir des mots et des concepts ; c'est ma nouvelle préférée du recueil ;
- Dans la galette ne parle nullement de pâtisserie mais de musique et de vaudou, étrange mélange des genres qui fonctionne à merveille ;
- Reperdre Giulietta, offre une belle balade dans le monde des rêves ;
- On n'est jamais trop prudent est mon autre texte favori, il nous fait suivre les pas d'un paranoïaque qui passe son temps à effectuer des rituels pour se protéger
- L'Étude du soir est une nouvelle à la fois classique dans son pitch et glaçante dans la mesure où les enfants s'y révèlent presque effrayants
- Quand ça part en brioche parle bien de pâtisserie... et ne vous donne pas vraiment envie de faire des brioches !
- Chambre d'écho est un texte étrange que je ne suis pas sûre d'avoir compris donc je ne m'hasarderais même pas à vous en parler !

Dans l'ensemble j'ai lu ces textes avec plaisir. Comme toujours on n'est pas forcément dans la nouvelle à chute, plutôt dans la mise en scène d'une idée folle ou d'un concept improbable, et on se régale avec. Par contre, j'ai trouvé qu'il leur manquait un peu de la virtuosité et de la poésie qui faisait toute la saveur des textes du Tibbar ou de la Forêt des Astres.

Mais vu qu'il s'agit de textes plutôt axés sur le fantastique, plus courts et à priori plus anciens, c’est aisément pardonnable. Après tout, on passe quand même un bon petit moment avec ce recueil, en attendant la sortie de Les Souffles ne laissent pas de traces, enquête de N'a-Qu'un-Œil, chamane-détective, en janvier (j'ai hâte).


CITRIQ

samedi 30 novembre 2013

La stratégie Ender - Gavin Hood


Roman d'Orson Card paru il y a bientôt trente ans, La stratégie Ender est une formidable histoire, prenante et intelligente, qui m'a beaucoup marquée lorsque je l'ai lu. J'ai tendance à le considérer comme un classique, le genre de texte à mettre dans toutes les mains (d'autant plus qu'il est très accessible). Du coup j'étais assez contente de la voir porté au cinéma pour que d'autres personnes puissent le découvrir à leur tour.

L'adaptation cinématographique est on le sait un art délicat (que les studios américains pratiquent généralement au bulldozer et au tractopelle). On ne peut jamais rendre complètement compte d'un livre à l'écran, tout au plus en donner un aperçu tronqué ou biaisé.

En général je suis plutôt bon public face aux adaptations. Les changements ne me dérangent pas tant qu'ils ont du sens et qu'ils ne trahissent pas complètement l’œuvre d'origine. Par contre j'aime que les adaptations soient audacieuses et apportent un petit quelque chose en plus. C'est ce qui manque dans cette adaptation de La stratégie Ender.

L'histoire suit fidèlement celle du livre, se contentant d'occulter la partie moins visuelle de l'intrigue (les aventures politiques de Peter et Valentine). Oh bien sûr, quelques changements ont été fait : Ender est plus vieux, Anderson est une femme... mais globalement on s'y retrouve, tout au plus a-t-on l'impression d'avancer au pas de course par rapport à un livre qui s'étalait sur plusieurs années.

Le casting est fort sympathique, l'esthétique plutôt chouette (le rendu du Jeu d'Ender m'a bien plu) et les scènes de bataille ont de la gueule (j'aime beaucoup tous ces combats « en grappe », ça change de ce qu'on voit d'habitude).

(Par contre j'ai parfois trouvé les passages en apesanteur complètement ridicules, je blâme complètement Gravity qui est tellement beau et gracieux qu'à côté tout vous semble moche)

Pour le spectateur lambda, La stratégie Ender est donc un honnête blockbuster, doté d'un scénario intéressant et qui ne tombe (pas trop) dans les clichés, vu qu'on échappe quand même à ce qui semblait être l'inévitable romance avec l'une de ses camarades.

Par contre pour le lecteur du livre, il ne présente guère d'intérêt et se révèle beaucoup moins intense que le livre. Parce que le rythme est plus rapide, parce qu'on est plus dans la tête d'Ender, parce que celui-ci est plus âgé... du coup les émotions que j'ai eu devant le film n'étaient pas vraiment liées aux images, mais plus aux souvenirs de lecture que celles-ci évoquaient.

C'est un peu le problème avec les adaptations comme celle-ci. On ne peut pas vraiment leur faire de reproche sur le fond, mais le résultat est un peu trop plat pour rester durablement en tête. Un film sympathique donc, une occasion de découvrir un classique de la SF, mais pas un grand moment de cinéma !

(contrairement à Gravity allais-je conclure... je commence à croire que Cuarón va me pourrir durablement mes séances de cinéma à avoir mis la barre si haut !)

jeudi 28 novembre 2013

Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires - Brandon Sanderson


A la fin du mois d’octobre, alors que j’avais le moral dans les choux, Olya m’a fait un très joli cadeau d’anniversaire en avance : Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires, premier tome d’une série de romans jeunesse signés Brandon Sanderson.

Forcément, avec un titre comme ça, je ne pouvais que me jeter dessus, ne serait-ce que pour y chercher des idées pour pimenter la vie de mes lecteurs. Malheureusement nous nous sommes récemment débarrassés de notre encyclopédie papier au boulot, je ne pourrais donc pas m’en servir pour construire un autel pour sacrifier les lecteurs en retard !

Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires nous raconte donc l’histoire d’un jeune homme de 13 ans (classique), orphelin (classique), cynique et accessoirement doté d’une telle capacité à casser les choses qu’on aurait du mal à prendre ça pour de la maladresse (là par contre c’est plutôt original).

Le jour de ses treize ans, après avoir cassé par mégarde la cuisine de sa famille d’accueil (ce qui lui promet de changer encore de foyer), Alcatraz reçoit un étrange paquet envoyé par ses parents, puis la visite d’un vieux fou qui se prétend son grand-père et l’embarque dans une aventure folle pour lutter contre les infâmes bibliothécaires qui cherchent à contrôler le monde.

Alcatraz découvre donc qu’il a une famille, que la Terre est bien vaste qu’il ne l’imaginait (il ne faut jamais croire ce que disent les livres, après tout ils sont contrôlés par les bibliothécaires). Par ailleurs, il apprend que sa capacité à casser les choses est en fait un authentique Talent (bref son pouvoir est magique).

Il y a un petit quelque chose de Roald Dahl dans ce Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires : l’humour, la réécriture subversive de la réalité, l’association grands-parents/petits-enfants contre des adultes méchants ou ignorants… Avec une référence pareille, vous comprendrez qu’on a affaire à un excellent texte pour la jeunesse.

Ce qui est chouette dans ce roman, c’est qu’on a affaire à un héros qui est vraiment l’adolescent typique presque normal, auquel il est très facile de s’identifier. Il évolue au cours de son aventure, mais il ne devient pas soudainement un grand héros, il apprend juste finalement à tisser des liens avec sa nouvelle famille et à se servir de son cerveau (au lieu de développer un super-pouvoir qui annihilerait le méchant).

Par ailleurs j’ai beaucoup aimé l’histoire des Talents, parce qu’il y a quelque chose de très réconfortant dans cette transformation de défauts (retard perpétuel, désastre ambulant, incorrigible bavard) en d’authentiques pouvoirs qui peuvent amener à la victoire. C’est un peu une manière de dire qu’on peut tirer quelque chose même de nos pires défauts.

Là-dessus, il faut ajouter une narration absolument délicieuse, raconté par Alcatraz himself avec une chouette mise en abîme sur le récit et sur l’auteur, grâce à de nombreuses remarques pleines de malice sur l’écriture des histoires (le rythme, les fins de chapitre, le suspens, les allusions discrètes de l’auteur…). Bref non content d’offrir une belle aventure, ce roman est aussi un bel hommage à la littérature en général.

Et puis il est difficile pour moi de ne pas m’attarder si tout le détournement qui est fait de l’image du bibliothécaire. C’est quand même assez osé de transformer un stéréotype de personnage généralement effacé en génie du mal, d’autant plus quand il transforme la mission de mise à disposition de l’information en dictature presque orwellienne où les bibliothécaires contrôlent le monde en limitant la connaissance de celui-ci.

Je soupçonne presque Brandon Sanderson d’avoir ciblé son public : quel bibliothécaire pourrait résister à la lecture d’un tel ouvrage ? Du coup il est sûr de trouver son roman dans de très nombreuses bibliothèques (peut-être même en présentoir), et donc d’attirer un maximum de lecteurs. Un plan machiavélique je vous dis !

Bref vous l’aurez compris, Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires est un livre qui m’a charmé. C’est drôle, extrêmement bien fichu et diablement intelligent avec ça. C’est donc un excellent titre jeunesse qui peut plaire à à des jeunes comme à des moins jeunes. Je commence du coup à comprendre tout le bien qu’on dit de Brandon Sanderson.

Par contre je ne sais finalement pas si je dois remercier Olya de son cadeau. Après tout, qui va devoir acheter la suite maintenant ?
« Peut-être qu'on vous a déjà donné des conseils de lecture. Peut être même que des amis, des parents, des profs vous ont mis un bouquin entre les mains en vous disant : « Tu dois lire ça ». Ces livres sont systématiquement décrits comme « importants », ce qui, d'après mon humble expérience, signifie qu'ils sont d'un ennui mortel. […]
Si le héros de ce type d'histoires est un garçon, je vous parie à dix contre un qu'il ne part pas à l'aventure se battre contre des Bibliothécaires, des monstres de papier et des Occulateurs Noirs cyclopéens. En fait, notre jeune ami n'aura droit à aucune aventure et ne combattra rien ni personne. Au lieu de ça, son chien mourra. Ou, dans certains cas, sa mère mourra. S'il s'agit d'un roman très sérieux, et le chien et la mère casseront leur pipe. (Apparemment, la plupart des écrivains ont une dent contre les canidés et les mères.) »

CITRIQ

mardi 26 novembre 2013

Doctor Who : autour de l'épisode anniversaire

Oui je sais, « Oh non pas encore ! ». Mais le cinquantième anniversaire d’une série, ça n’arrive pas tous les ans, et je me suis rendue compte en rédigeant mon précédent article que je ne pouvais pas faire l’impasse sur les autres productions liées au 50ème anniversaire. Voilà donc un petit billet qui en fait le tour (estimez-vous heureux que je fasse une synthèse !).


The Night of the Doctor 

Il s’agit d’un de ces « minisodes » qui introduisent assez régulièrement les épisodes de Doctor Who. Souvent simples vidéos anecdotiques, ce n’est pas du tout le cas ici. The Night of the Doctor fait en effet le pont entre The Name of the Doctor et The Day of the Doctor en révélant/confirmant l’identité de ce mystérieux Doctor joué par John Hurt, et ce avec un sacré panache.

C’est bien simple, quand j’ai vu Paul McGann (alias le 8e Doctor) apparaître, j’étais complètement sous le choc. Pourtant il ne m’avait pas vraiment convaincu dans le téléfilm où il apparaissait, mais là en trente secondes je suis tombée complètement amoureuse, parce qu’il semblait bien plus être le Doctor, et pour le coup j’aurais bien signé pour deux ou trois saisons avec lui (j’ai plus qu’à me mettre aux aventures audios du coup, c’est malin !).

Et puis cette micro apparition est d’une importance capitale, puisqu’elle conclut l’histoire du 8e Doctor (qui restait quand même très floue jusque-là), reconnaissant officiellement dans la foulée toutes ses aventures audios. Dans la foulée, on assiste donc au début de la réunion entre l’ancienne et la nouvelle série, travail qui sera achevé (avec brio) par The Day of the Doctor.

Et tout ça en à peine sept minutes. Comme quoi le format court a encore de belles heures devant lui...

A noter qu’il existe une deuxième prequel à l’épisode anniversaire, The Last Day, mais étant pour le coup assez anecdotique (surtout en comparaison de celle-ci), je ne m’étalerai pas dessus.



An adventure in space and time

Ecrit par Mark Gatiss, An adventure in space and time est un biopic qui revient sur le tout début de la série, depuis sa création jusqu’au départ de William Hartnell. Trois années à peine, mais déjà bien remplies.

C’est sympa de découvrir à quel point c’était une série novatrice dans tous les domaines à l’époque (y compris dans le fait qu’elle était produite par une femme !), et de voir comment tout cela était tourné, dans un mini studio ridicule avec des prises de vue en continu.

D’habitude je ne suis pas forcément très fan des docu-fictions, mais je dois avouer que c’est une approche judicieuse pour un sujet tel que Doctor Who, qui passe son temps à accommoder la réalité à sa sauce. Et il faut reconnaître que la reconstitution en met plein la vue, tout est délicieusement sixties.

Et puis il a la performance de David Bradley, absolument génial en William Hartnell. Autant les autres personnages ne m’ont pas plus touché que ça (j’ai un peu trop les acteurs en tête pour ne pas voir la différence) autant lui m’a bluffé, au point que quand les reconstitutions ont commencé à se mélanger aux extraits de l’époque après le générique, je ne savais plus ce que je voyais !

An adventure in space and time est donc un très joli cadeau d’anniversaire, et si vous n’avez pas le courage de regarder les vieux épisodes en noir&blanc, je vous en recommande vivement le visionnage, pour vous faire une idée du moment où tout a commencé.



The Five(ish) Doctors reboot

Dernier et non des moindres, The Five(ish) Doctors reboot est une hilarante vidéo de 30 minutes qui raconte l’épopée improbables des acteurs jouant les Doctors de l’ancienne série pour apparaître dans l’épisode du 50e anniversaire.

Sans même parler du contenu, je trouve cette initiative (et le fait qu’elle ait été reconnue officiellement) super chouette parce que cela permet d’inclure tous les Doctors dans cette célébration, même s’ils ne pouvaient pas jouer un rôle dans The Day of the Doctor (ça aurait été difficile à justifier scénaristiquement de tous les intégrer).

Et surtout le résultat est juste hilarant. The Five(ish) Doctors reboot, c’est 30 minutes de pur délire où les caméos s'enchaînent et où tout le monde en prend pour son grade (les anciens comme les nouveaux acteurs, et ne parlons même pas de Moffat, Russell T. Davies ou John Borrowman !), avec beaucoup d’affection, et un grand sens de l’auto-dérision.

Du coup, arrivé à la fin, on a bien sûr un sourire ridicule plaqué sur le visage, mais aussi un peu la larme à l'oeil, parce qu’il n’y a bien que Doctor Who qui permet de produire des OVNI pareils !

dimanche 24 novembre 2013

Doctor Who - The Day of the Doctor


D'habitude, j'aime bien faire mes chroniques Doctor Who en collant à la chronologie de l'épisode pour pointer tout ce que j'ai aimé et commenter au fur et à mesure, mais face à cet épisode du 50ème anniversaire, il m'a fallut déclarer forfait dès le départ, c'est chose impossible sous peine d'y être encore à Noël !

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre face à cet épisode. J'étais à la fois curieuse et inquiète à l'idée de voir le résultat. Comment réussir à faire quelque chose d'exceptionnel en une durée aussi courte ? L'histoire avec John Hurt en vaudrait-elle la peine ? S'attaquer à la Time War n'était-ce pas un peu risqué ? Billie Piper et Jenna-Louise Coleman allaient-elles se taper dessus pour savoir qui est la meilleure compagne du Doctor ?

Toutes ces interrogations se sont complètement envolées hier soir alors que la diffusion de l'épisode débutait. D'ailleurs c'est un des excellents points de cet épisode anniversaire, d'avoir pu le regarder sur France 4 en même temps que partout dans le monde (en plus si ça peut se faire pour un épisode, ça doit pas être impossible de le faire à l'échelle d'une saison...).


The Day of the Doctor démarre en fanfare avec un onzième Doctor qui enquête sur d'étranges tableaux à la National Gallery, tandis que le dixième Doctor est perturbé dans son pique-nique romantique avec la reine Elisabeth Ière par une attaque de Zygons (des aliens métamorphes).

Leurs aventures respectives (et néanmoins liées) sont cependant perturbées par l'entrée en scène du « War Doctor » (a.k.a. John Hurt, le Doctor 8,5). Celui-ci s'apprête à utiliser le Moment, une arme terrifiante, pour mettre fin à la Time War. Sauf que le dit Moment est une arme consciente (qui prend pour le coup l'apparence de Rose/Bad Wolf), et celle-ci l'envoie visiter son futur pour l'aider dans sa décision.

Plusieurs Doctors, le retour d'UNIT et Kate Stewart, des aliens vilains pas beaux, Gallifrey, du timey-wimey, des blagues sur les tournevis soniques, du personnage historique, un fez... autant dire que c'est un peu Noël avant l'heure !


Commençons déjà par parler du nerf de l'épisode, la présence de trois Doctors (sans parler des caméos divers et variés). L'histoire aurait pu se contenter de mettre en scène les trois Doctors en train de bavasser sur un canapé pendant une heure que ça aurait déjà été génial, alors imaginez un peu ce que ça donne de les voir agir ensemble.

C'est quelque chose qu'on aimerait voir tout le temps, et avec plus de Doctors. Mais je comprends parfaitement que les scénaristes y recours aussi rarement, il serait dommage que ces rencontres deviennent banales à force d'être multipliées. Par ailleurs je trouve que s'être limité à trois Doctors est une bonne chose : les échanges sont équilibrés et vifs sans pour autant devenir confus.

Il y a vraiment une bonne dynamique entre le War Doctor d'un côté et Ten et Eleven de l'autre. J'adore la façon dont ils disputent à un moment (sur leur tenue, leur voix, leur tournevis...), puis se retrouvent à travailler ensemble la minute d'après, parce que finalement ils sont fondamentalement la même personne.

« I'm the Doctor. I'm 904 years old. I'm from the planet Gallifrey in the constellation of Kasterborous. I am the oncoming storm, the bringer of darkness, and you are basically just a rabbit, aren't you ? »
Revoir David Tennant m'a fait vraiment plaisir. Il y a belle lurette que quand je pense Doctor, c'est le visage de Matt Smith qui me vient en premier, mais j'ai trouvé magnifique le fait qu'il saute comme ça de nouveau dans les chaussures du Doctor et qu'on ait l'impression qu'il ne les a jamais quittées.

C'est plutôt malin d'avoir opté pour un Ten proche de sa fin d'ailleurs. J'avais peur que ce soit un jeune Ten (à cause de la présence de Billie Piper), ce qui aurait été moins intéressant à mon avis. Et puis du coup cela permet de s'amuser à raconter son histoire avec Elisabeth Ière, ce qui vaut son pesant d'or en matière de mariage imprévu.

Et puis il forme un duo fantastique avec Eleven. Même s'ils ont chacun leurs tics, leurs costumes, leurs gestuelles, on sent bien qu'au fond ce sont deux êtres torturés très semblables qui dissimulent leur noirceur avec beaucoup d’esbroufe... et s'amusent formidablement à jouer ensemble (que ce soit pour inverser la polarité ou négocier la paix entre Zygons et humains).

« Great men are forged in fire. It is the privilege of lesser men to light the flame... whatever the cost. »
En face de Ten et Eleven, nous avons donc le fameux War Doctor, clairement là pour remplacer Nine. Revoir Eccleston aurait été génial, mais je trouve que son refus de reprendre le rôle a finalement du bon, vu que cela a conduit à cette pirouette scénaristique absolument géniale.

Ce War Doctor n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais à vrai dire. J'imaginais un personnage plus brutal, plus sombre. Même si on le voit brandir une arme ou dégommer des Daleks avec son TARDIS, il reste fondamentalement le Doctor : c'est un personnage assez doux, plein d'humour, malin, et bien sûr portant un peu trop le poids des années (et de l'univers) sur ses épaules.

Bien sûr on a aucune idée de tout ce qu'il a pu faire d'horrible pendant la guerre (dans cet intervalle entre le minisode Night of the Doctor et The Day of the Doctor), mais finalement j'ai eu l'impression d'un Doctor comme les autres, qui a surtout été rejeté à cause de la terrifiante décision qu'il a pris pour mettre fin à la Time War.


D'ailleurs parlons-en, de cette Grande Guerre du Temps. A l'origine elle a été inventée par Russell T. Davies lors du redémarrage de la série en 2005. Ca a permis de repartir de zéro et de mettre de côté les anciennes histoires pour ne pas noyer les nouveaux spectateurs. Jusqu'à maintenant c'était un mystère, une ombre dans le passé du Doctor et je ne pensais pas qu'un jour on en viendrait vraiment à l'aborder.

Et c'est là où je trouve que cet épisode fait un superbe travail, parce que sans jamais rentrer dans le vif du sujet (le pourquoi ou le comment de la guerre), The Day of the Doctor fait enfin le pont entre l'ancienne et la nouvelle série.

On voit en effet l'entrée en guerre du 8e Doctor lorsqu'il se régénère dans le minisode The Night of the Doctor (à rattraper d'urgence si vous ne l'avez pas encore vu), et la fin de la guerre avec la régénération du War Doctor en 9e Doctor. Du coup c'est comme un vide qui est enfin comblé.

Et si l'idée de sauver Gallifrey peut sembler un peu présomptueuse (mais ce n'est pas ça qui va arrêter le Doctor), c'est une belle manière de clore en beauté un pan de l'histoire de Doctor Who, et d'en ouvrir un autre avec un potentiel retour des Time Lords.

Je ne sais pas du tout où cela va nous conduire, mais en tout cas cela donne une belle occasion de se renouveler à la série, d'autant plus avec le changement de Doctor à Noël. Du coup The Day of the Doctor n'est pas juste une belle fête d'anniversaire, c'est aussi un sacré tournant dans l'histoire de la série !


Voilà pour les grandes lignes de l'épisode, mais celui-ci ne serait rien sans les multiples clins d'oeil, références et caméos qui abondent tout au long de l'histoire. On peut complètement les ignorer sans que cela nuise si on ne les connaît pas, mais quand on les repère, c'est un véritable festival, un authentique délice, du pur fan service, sans que cela se fasse au détriment de l'intrigue.

C'est cela que j'ai vraiment apprécier dans cet épisode anniversaire : c'est un épisode complet, très bien équilibré. Il vient avec son lot de clins d'oeil, mais ils sont très bien intégrés si bien que cela ne nuit pas à l'histoire. La réunion de Doctors n'est pas juste un prétexte, elle joue un rôle dans l'intrigue, et l'intrigue elle-même est suffisamment bien pensée pour qu'elle impacte sur les saisons à venir.

Pour un épisode pas tellement plus long que d'ordinaire (1h15), c'est une sacrée réussite ! J'espère bien que l'épisode du 100e anniversaire (lorsque je serais en maison de retraite, avec ma canne et mon dentier) sera tout aussi épique !

Et histoire de bien conclure, je ne peux résister à la tentation de vous faire un petit best-of de mes moments favoris dans l'épisode :


(pur combo de référence au tout premier épisode)

- Reverse the polarity !
- It's not working.
- We're both reversing the polarity!
- Yes, I know that.
- There's two of us - I'm reversing it, and you're reversing it back again ! We're confusing the polarity.
« Hang on. Three of you in one cell, and none of you thought to try the door. »
- You told me the name you chose was a promise. What was the promise ?
- Never cruel or cowardly.
- Never give up, never give in.
- You're not actually suggesting that we change our own personal history?
- We change history all the time. I'm suggesting something far worse.
- What, exactly?
- Gentleman, I have had 400 years to think about this. I've changed my mind.
- All 12 of them !
- No, sir... all 13 !
- I never forget a face.
- I know you don't, and in years to come, you might find yourself revisiting a few.
(Tom Baker !)
Bon on n'a plus qu'à prendre rendez-vous pour Noël ! En attendant, si vous êtes passés à côté, je vous conseille l'excellentissime The Five(ish) Doctor Reboot, un complément d'épisode absolument hilarant avec encore plus d'anciens Doctors, encore plus de caméos improbables, et une forte probabilité que vous ne voyiez plus certains passages de The Day of the Doctor de la même façon après !
« My journey is the same as yours, the same as anyone's. It's taken me so many years, so many lifetimes, but at last I know where I'm going, where I've always been going. Home...the long way round. »